Chaque jour, Eric et Mélissa sortent ensemble du bureau et vont au même arrêt de bus. Chaque court épisode de cette série à voir sur le site d'Arte les accompagne, en plan-séquence, pendant le trajet. Une fiction touchante et très réaliste, que vous risquez de regarder d'une traite.

Ce n’est pas notre heure, 18h30, dans l'équipe du 5-7. On préfère le petit matin blême, l’heure des braves, celle où blanchit la campagne. Mais que voulez-vous, il se passe aussi (parfois) des choses intéressantes en fin d’après-midi. « 18h30 » est une série Arte à voir uniquement sur le site internet de la chaîne ou sur son compte Instagram. 18h30, c’est l’heure à laquelle Eric et Melissa sortent du boulot. Ils sont collègues de travail. Premier épisode : ils sortent en même temps de l’ascenseur, terminent leur conversation boulot, se disent au revoir et là, ils réalisent qu’ils vont au même arrêt de bus. Malaise. Il va falloir marcher ensemble et se dire des trucs ! On a tous et toutes déjà vécu cette scène, non ? Vous faites semblant d’avoir un coup de fil à passer, vous aussi ?

Première discussion, rien ne va. Eric explique à Melissa, nouvelle dans l’entreprise, pourquoi celui qu’elle remplace a été viré : harcèlement sexuel. Il minimise les faits, elle est outrée. Elle le trouve odieux. Il ne l’aime pas beaucoup non plus. Mais va voir au fil des semaines, petit à petit, naitre la complicité entre cet homme et cette femme, l’amitié voire plus si affinités. Toujours entre la sortie du boulot et l’arrêt de bus, en plan séquence.

L'amour dans l'épaisseur du temps

Chaque épisode montre le même trajet ! Présenté ainsi, cela peut penser que c’est ennuyeux, mais c’est au contraire très malin. Chaque épisode dure 5 minutes (il y en a 22 au total). C’est toujours le même décor, dans un quartier d’affaires de Bordeaux. La série commence au printemps, tenues légères et grand soleil. Et puis au fil des épisodes, il fait nuit à 18h30, se pointent les écharpes et les manteaux. C’est tout bête, mais l’impression de réel ainsi créée est saisissante. On ressent, pour ainsi dire, l’épaisseur du temps. Et on est happé par cette histoire. 

C’est un piège. On se croirait dans une comédie romantique, mais ces trajets quotidiens vont lentement glisser vers le drame. Les deux comédiens sont très justes : Nicolas Grandhomme et Pauline Etienne (que l’on a vue dans les saisons 2 et 3 du Bureau des Légendes). Et puis le scénario ne s’interdit pas de petites envolées loufoques, malgré l’atmosphère réaliste. On voit par exemple surgir un jour un ami imaginaire. Le coach en vie privée d’Eric. « Bon, je comprends rien, mon Rico. Ça va mal avec ta femme, tu m’appelles, je t’aide à arranger les choses, et là j’ai l’impression que le brief a changé. Est-ce que le brief a changé ? ». C’est drôle et tout plein de poésie.

Sans trop en révéler, je peux dire une chose. Ce que cette série de Maxime Chamoux et Sylvain Gouverneur montre très bien, c’est à quel point il est difficile de se parler vraiment. On se parle, on ne se dit rien. L’émotion, la gêne, l’inconfort des conversations importantes sont très finement filmés. Et si 18h30 était l’heure des choix ? Je n'en sais rien, je préfère le matin.

  • Légende du visuel principal: Melissa (Pauline Etienne) et Eric (et Nicolas Grandhomme) sortent du boulot à la même heure. Vont-ils s'apprivoiser? © La Blogotheque Productions, ARTE France
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