Tous les samedis, la chaîne l’Équipe diffuse Raw, grand show américain de catch. L'occasion de lire ou relire Roland Barthes pour mieux comprendre tout l'intérêt de ces bagarres en slip !

Du catch en clair à la télévision : c'est un événement. Tous les samedis (le matin à 10h puis en deuxième partie de soirée), la chaine l’Équipe diffuse désormais l'une des plus grandes compétitions de catch au monde : Raw, une émission de la WWE, un empire américain colossal. Pourquoi regarder des types en slip qui se battent?  D'abord, je vous ferais remarquer qu'il n'y pas que des hommes. Les femmes aussi montent sur le ring. Notamment Ronda Rousey, ancienne championne de judo (médaillée olympique à Pékin) reconvertie dans le catch. Mais l'intérêt du catch, c'est surtout que personne ne respecte jamais les règles, ou presque. 

Les combats sont commentés par Florian Gazan et Christophe Agius. Ce qui est frappant, quand on regarde cette émission en intégralité, c'est que les combats ne prennent pas autant de place qu'on pourrait le croire. Il y a tout un scénario autour. Untel n'est pas venu affronter untel, scandale ! Se serait-il défilé? Ah, le lâche ! Les commentateurs font mine de croire à ces rebondissements, alors que tout cela est évidemment scénarisé et plutôt mal interprété : les catcheurs ne sont pas de très bons acteurs. 

Comédie humaine

Pourtant, le spectacle vaut le détour. Il suffit pour s'en convaincre de lire Roland Barthes. Le catch est le tout premier chapitre des ses Mythologies. Et c'est l'occasion de constater que rien n'a changé depuis les années 50 ! 

La vertu du catch, c'est d'être un spectacle excessif. On trouve là une emphase qui devait être celle des théâtres antiques. Le public se moque complètement de savoir si le combat est truqué ou non et il a raison. Ce qui lui importe, ce n'est pas ce qu'il croit, c'est ce qu'il voit.

En effet, ce serait une erreur funeste que de regarder Raw uniquement comme un sport. C'est avant tout un spectacle. Preuve en est : le catcheur vaincu n'est jamais sobre dans la défaite. Sur le ring, on n'a pas honte de sa douleur. Au contraire : on en rajoute, on implore l'adversaire, on lève les bras pour supplier. C'est une comédie humaine où les passions sont mises en scène. 

Justice et déloyauté

Ce que le catch est surtout chargé de mimer, poursuit Roland Barthes dans Mythologies, c'est un concept purement moral : celui de la justice. Quand la foule crie "fais le souffrir", cela signifie avant tout "fais le payer. Pour un amateur de catch, rien n'est plus beau que la fureur vengeresse d'un combattant trahi qui se jette avec passion, non pas sur un adversaire, mais sur l'image cinglante de la déloyauté. D'ailleurs la déloyauté n'existe que par ses signes excessifs : donner un grand coup de pied au vaincu, refuser de serrer la main à l'adversaire ou profiter de la pause pour revenir en traitre. Alors on se pose la question : puisque ce n'est pas vraiment un sport et que personne ne respecte les règles, à quoi bon mettre un arbitre sur le ring? Mais la Justice est le corps d'une transgression possible : c'est parce qu'il y a une loi que le spectacle des passions qui débordent la loi a tout son prix. 

Ce qui est ainsi livré au public, c'est le grand spectacle de la Douleur, de la Défaite et de la Justice. 

Douleur, défaite et justice que Barthes écrit comme des noms propres, avec une majuscule. Inutile en revanche de mettre des majuscules à "baston en slip".  

Rendez-vous sur la chaîne l’Équipe (canal 21 de la TNT) tous les samedis, à 10h du matin. Rediffusion en deuxième partie de soirée. 

L'équipe
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.