Trente ans plus tard, les témoignages des victimes à la barre sont toujours aussi bouleversants et saisissants de dignité. Les archives filmées du procès Barbie, qui viennent d'être rendues publiques, sont au cœur d'un documentaire indispensable, ce soir sur France 3.

Le procès de Klaus Barbie en 1987 à Lyon est diffusé, le 15 octobre 1992, aux journées "Resistance et Déportation" à la hall Tony-Garnier de Lyon
Le procès de Klaus Barbie en 1987 à Lyon est diffusé, le 15 octobre 1992, aux journées "Resistance et Déportation" à la hall Tony-Garnier de Lyon © AFP / Pascal Guyot

Ce fut un procès retentissant, un procès pour l’Histoire. Il a été intégralement filmé. En 1987, Klaus Barbie comparaissait devant la cour d’assises du Rhône pour crime contre l’humanité. Trente ans plus tard, ces images ont été rendues publiques. Elles sont au cœur d’un documentaire diffusé ce soir à 22h55 sur France 3.

Un film exceptionnel, qui a le mérite d’être très accessible, pour ceux qui connaissent mal l’histoire et le contexte de ce procès hors normes, mais passionnant aussi pour ceux qui veulent mieux en comprendre les rouages, notamment l’attitude fascinante de Jacques Vergès, avocat de Barbie : le ténor du barreau tout seul d’un côté de la salle d’audience, face aux 39 avocats tassés sur le banc des parties civiles. L’ancien patron de la Gestapo lyonnaise, surnommé « le boucher de Lyon » n’était pas là : au bout de trois jours d’audience, il a annoncé qu’il refusait d’assister à son procès

Un avant et un après.

Les archives ont été rendues publiques en juillet dernier, mais Jérôme Lambert et Philippe Piccard, les auteurs de ce documentaire, y ont eu accès plusieurs mois avant. Ils ont fait un énorme travail de synthèse et nous font revivre les audiences avec ceux qui les ont vécues (et qui sont encore vivants) : les avocats, l’interprète de Klaus Barbie, les journalistes ou encore une femme qui était membre du jury. Une anonyme qui a été tirée au sort pour être jurée d’assise et qui, trente ans après, est émue aux larmes évoquant ce procès. Pour tous ceux qui y ont participé ou simplement assisté, il y eut un avant et un après. 

Moi aussi, j’ai beaucoup pleuré devant mon écran. Mais j’espère, en disant cela, ne dissuader personne de regarder ce documentaire qui porte haut le devoir de mémoire. Car les victimes qui se succèdent à la barre, si elles sont bouleversantes, sont surtout ahurissantes de dignité et de force. 

Les caméras en salle d'audience.

Ce documentaire pourrait-il relancer le débat sur le rôle des caméras dans les salles d’audience ? Ce n’est pas impossible. En France, les caméras et les appareils photos sont interdits, sauf exception. Le procès Barbie fut le premier procès filmé, conformément à la loi Badinter de 1985. Paris Match est poursuivi pour avoir récemment publié des photos du procès Merah. Les familles des victimes de Mérah réclamaient que l’audience soit filmée, leur demande a été refusée. On se dit, en tout cas, qu’il était grand temps que les archives du procès Barbie soient rendues publiques. Et ce documentaire, diffusé à un horaire trop tardif malheureusement, est aussi intelligent qu’indispensable. 

« Klaus Barbie, un procès pour mémoire », de Jérôme Lambert et Philippe Picard. Ce soir sur France 3 à 22h55. Durée : 1h10.

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