Ce soir, l'Équipe diffuse à 22h l'un des plus grands films de l'histoire du documentaire sportif : "Muhammad Ali The Greatest" par William Klein.

William Klein, le célèbre photographe new-yorkais, a eu la chance de suivre le plus grand boxeur de l'histoire pendant plus de dix ans, entre les années 60 et 70. Pour marquer le temps qui passe, le documentaire commence en noir et blanc et se termine en couleur. Et l'on voit, tout au long du film, les yeux enfantins et rieurs d'Ali s'affaisser sous le poids des coups et des années.

Muhammad Ali The Greatest est une œuvre exceptionnelle. Vous devez absolument être devant votre télé ce soir. Je vous assure, vous ne le regretterez pas. Ce documentaire, c'est une expérience à part entière. 

Une expérience à part entière

Fait rarissime à la télé, c'est un doc sans commentaire. Et ça change tout. Le téléspectateur n'est pas sans cesse sollicité par une voix off qui lui explique des choses qu'il comprend déjà tout seul. Non. Ici, le téléspectateur a l'espace pour se concentrer sur d'autres sons, sur d'autres bruits. Le fameux bruit des poings contre la poire de vitesse, par exemple...

Le documentaire de William Klein est très bruyant. Peut-être qu'il est parce que Muhammad Ali l'était aussi. Et que son environnement l'était tout autant. Chacun de ses déplacements entraine un constant brouhaha. Auquel, il faut le dire, le champion participe allègrement.

Personne n'a jamais aussi bien filmé Muhammad Ali que William Klein. C'est simple : pour capter la personnalité du boxeur, il a su faire de sa caméra le sparring partner d'Ali et ainsi aller à son rythme. Elle danse autour de lui comme lui danse autour de ses adversaires. On pourrait presque dire que dans ce film, la caméra vole comme un papillon et pique comme une abeille.

Elle bouge tout le temps. Jamais à l'arrêt tout au long des 110 minutes que durent ce film. Idéal pour raconter une icône qui est en mouvement et qui symbolise une société qui l'est tout autant.

Un héros

Car il faut replanter Muhammad Ali dans son temps pour mesurer toute sa dimension. Un héros noir et musulman dans une Amérique en mutation qui se déchirait pour les droits civiques. 

Tout est dans le titre du film : Muhammad Ali, The Greatest. The Greatest. Le meilleur. Statut qu'il revendique tout au long du documentaire. Et s'il le fait, c'est pour crier au monde entier que les Noirs peuvent être les meilleurs de leur domaine. Parce que le mot "noir" a trop longtemps été un mot négatif.

Dans une séquence du film, Muhammad Ali nous explique que les mots "blanc" et "noir" sont connotés. La pureté est associée au blanc quand le noir renvoie toujours au mal. On parle, par exemple, de noirceur de l'âme. 

Sous ses airs de documentaire sportif, Muhammad Ali The Greatest est un film éminemment politique. Et pour cause : le réalisateur du documentaire, William Klein, fut un militant actif de la cause noire.

Le réveillon de Noël n'est peut-être pas le moment le plus opportun pour voir ce film mais je vous le redis : ne le loupez surtout pas ! Ce n'est pas tous les jours que la télévision française propose une œuvre aussi puissante.

► "Muhammad Ali The Greatest", un film de William Klein à voir à 22h sur la chaîne l'Équipe.

  • Légende du visuel principal: Muhammad Ali, en 1963 © Getty / Kent Gavin/Keystone
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