Elles ont travaillé pour les services secrets américains, russes, français ou israéliens pendant la Guerre Froide. Six anciennes espionnes ont raconté leur carrière à la journaliste Chloé Aeberhardt, dont l'enquête est adaptée en une formidable série animée, à voir sur le site d'Arte.

Les espionnes racontent
Les espionnes racontent © ARTE France, Squaw

Si je vous parle d'espionne, vous pensez à Mata Hari, évidemment. Or cette dernière était une courtisane, qui a recueilli des confidences sur l'oreiller pendant la première guerre mondiale, pas une professionnelle du renseignement. La journaliste Chloé Aeberhardt a voulu rencontrer de vraies espionnes, pour rendre aux femmes la place qui leur est due dans cette histoire. Voici une série d'animation à voir sur Arte, l'adaptation de son livre : "Les espionnes racontent".

La réalité dépasse la fiction

Chaque épisode de six minutes - il y en a six au total - raconte l'histoire d'une espionne. Elles ont travaillé pour la DST, le KGB, la CIA ou encore le Mossad, toutes pendant la Guerre Froide. Les amateurs de films d'espionnage ne seront pas déçus : la réalité est parfois aussi dingue que la fiction. Gabriele, par exemple, était agent double.  Cette taupe des services secrets est-allemands au sein des services ouest-allemands raconte ses échanges de fichiers à la piscine, dans le bassin. 

C'est la comédienne Miou-Miou qui lit les témoignages. Très bonne idée, la série d'animation, car le dessin - signé Aurélie Pollet - permet de raconter de façon très claire des histoires parfois compliquées. Gros coup de cœur, aussi, pour l'épisode consacré à Jonna Mendez, de la CIA, qui occupait le même poste que Q dans James Bond : elle apprenait aux agents à se servir des gadgets. Elle raconte l'exfiltration d'un agent double au KGB :  opération rocambolesque, avec son lot de déguisement et de frisson. Fascinant.

Les coulisses de l'espionnage

Mais cette série montre aussi avec talent les aspects beaucoup moins spectaculaires de l'espionnage : le recueil de données. Avec notamment l'exemple de Geneviève, une Française qui travaillait pour la DST : elle tenait un fichier des agents commerciaux soviétiques installés sur le territoire et devait détecter les agents du KGB. Un vrai travail de fourmi. 

Ce qui fascine dans les histoires d'espionnages, ce sont aussi les mensonges des agents à leur famille et à leurs proches. En la matière, l'épisode consacré à Ludmila vaut son pesant d'or, espionne russe du KGB qui a vécu des années en Argentine, en se faisant passer pour une Allemande. Même leurs propres enfants ne savaient rien de leur identité russe !

Ce qui ajoute du piquant à ces vidéos, c'est que la journaliste Chloé Aeberhardt se met en scène : elle raconte les coulisses de son enquête, la personnalité de chacune de ces femmes. Elle fait part de ses doutes, de son enthousiasme. Elle dit aussi quand elle ne croit pas ce que lui racontent les espionnes, pour telle ou telle raison. Son travail est précieux : il est grand temps que Geneviève, Gabriele ou Ludmila remplacent Mata Hari dans l'imaginaire collectif. 

"Les espionnes racontent", une série d'animation à voir sur le site d'Arte. 

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