Ils craignent le soleil et boivent du sang : jusqu'ici, rien de révolutionnaire. Mais les vampires de cette série française suscitent l'empathie. On les plaint plus qu'on ne les craint, et ça change tout. Avec les formidables Oulaya Amamara et Suzanne Clément dans les rôles d'une ado et de sa mère.

Voilà un thème qui a été essoré par la fiction. Que reste-t-il à raconter sur les vampires après Buffy, après Vampire Diaries, après True Blood, après Dracula, et j’en passe ? Eh bien une série française parvient avec talent à renouveler le genre : Vampires est disponible sur Netflix. Elle mérite le détour, après avoir été éclipsée à sa sortie en mars, par un petit événement de rien du tout (le confinement). L’histoire se passe de nos jours à Paris. Doïna est une lycéenne sans histoire, qui vit avec sa famille dans le quartier populaire de Belleville. Mais sa mère est un peu différente : elle ne vient pas aux réunions parents-profs. Bon, ça arrive. Elle dort la journée. Oh, et puis ce verre de sang au petit dej, quand même. Deux comédiennes formidables. La fille, c’est Oulaya Amamra, dont on se souvient dans le film Divines, elle avait d’ailleurs décroché le César du meilleur espoir. Et la mère est incarnée par Suzanne Clément, vue notamment chez Xavier Dolan.

Récit initiatique 

C’est donc une famille de vampires ! Eh bien non, c’est là que c’est intéressant. La mère est une vampire, ça oui. Mais Doïna ne l’est pas. Son frère non plus. Et les deux aînés (il y a quatre enfants), si. Car le père, qui est mort, n’était pas un vampire, on le comprend dès le premier épisode. Résultat : en fonction de son patrimoine génétique, chacun a besoin (ou pas) d’une bonne tasse d’hémoglobine le matin avec ses tartines. Seuls Doïna et son frère, les deux derniers, vivent la journée. Ils prennent des médicaments qui leur permettent de supporter le soleil. C’est ainsi que Doïna peut aller au lycée. Sauf que... Vous savez ce que c’est, l’adolescence. Doïna commence à se rebeller. Et si elle arrêtait de prendre ces fichus médicaments, est-ce que ça serait si grave ? Doïna va essayer, pour voir...

Secrets de famille et vie clandestine

"C’est marrant comme t’es changeante", lui dit un jour ce garçon qu’elle aime bien. "Non, je suis normale", répond Doïna. L’envie de normalité, évidemment, n’est pas le propre des vampires : cette série créée par Benjamin Dupas porte une réflexion très fine sur l’adolescence. C’est un récit d’initiation. 

La mère ne dit pas tout à ses enfants, notamment sur la « communauté », dont elle ne fait plus partie depuis des années, autrement dit les autres vampires. Elle cache la vérité à ses enfants, pour leur bien évidemment. Mais ils le prennent mal, maintenant qu’ils sont grands, ils veulent comprendre. Voilà qui interroge au passage sur les secrets de familles. Sujet universel, qui ne concerne pas seulement les buveurs de sang !

On trouvera aussi des échos à l’actualité. Notamment sur l’intégration difficile des clandestins. Car la famille n’a pas de papier, elle n’existe à l’été civil. Pas simple, dans ces conditions, de vivre normalement. Doïna, par exemple, doit se battre pour pouvoir passer son bac. Enfin, à l’heure des gestes barrières, vous serez heureux d’apprendre que les morsures de ces vampires-là ne sont pas contagieuses : la victime ne devient pas vampire après avoir été mordue ! Le résultat sur le spectateur est assez radical : on ne craint pas ces vampires, on les plaint. Ils sont vulnérables. On se désole pour eux qu’il soit aussi compliqué de s’approvisionner en sang. Là est le vrai tour de force de cette série, à mon avis : elle parvient à susciter l’empathie. On vit l’histoire de leur point de vue, on s’attache à eux. On se transforme en vampire.

Vampires, saison 1. Six épisodes de 40 minutes. Sur Netflix pour les abonnés. 

  • Légende du visuel principal: Dans la famille, on n'est exactement pas vampire de mère en fille... Suzanne Clément et Oulaya Amamra. © Netflix
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.