Ce documentaire diffusé sur France 5 propose une immersion précieuse au tribunal de Créteil, pour montrer comment les professionnels de justice sanctuarisent la parole des enfants dans des procédures de divorces ou de séparations belliqueuses. Un film émouvant et utile.

Des parents qui se séparent, c'est d'une banalité confondante. Mais parfois, la garde des enfants est au cœur d'une bataille judiciaire qui peut devenir moche. La journaliste Delphine Cinier a obtenu l’autorisation exceptionnelle de filmer au tribunal de Créteil. Son documentaire est diffusé sur France 5 le mardi 25 février, dans l'émission de Marina Carrère d'Encausse : "Séparation, les enfants d'abord". 

Le tribunal de Créteil fut l’un des premiers en France, il y a plus de vingt ans, à offrir aux mineurs la défense d’un avocat pour s’exprimer devant le juge. Ici, les juges aux affaires familiales, les avocats et les travailleurs sociaux se sont unis pour sanctuariser la parole de l’enfant. Et ces professionnels de la justice ont donc accepté des caméras dans les coulisses des audiences, pour donner à entendre les souffrances vécues par les enfants dont les parents se déchirent. Voici par exemple une juge aux affaires familiales, Delphine Thouillon. Elle reçoit dans son bureau Ninon, 11 ans, accompagnée de son avocate. On voit le visage de la juge, mais pas celui de la petite fille, qui est filmée de dos.

Faciliter la parole

Ninon ne veut plus voir son père. La greffière note et lira ensuite à voix haute les mots qu’elle a consignés. Histoire de montrer à l’enfant que ce qu'elle dit figure au dossier du divorce et pèsera sur la décision. Mais tout le travail de la magistrate consiste à l’alléger de cette pression, à faciliter la parole de l’enfant. D’ailleurs, elle ne met pas sa robe de juge lorsqu’elle reçoit un enfant, pour ne pas l’effrayer. 

Ce que l’on comprend très bien, au fil des affaires qui sont ici détaillées, c’est que la parole du mineur est un élément du dossier, mais ce n’est pas le seul. Ce n’est pas parce l'enfant souhaite vivre avec son père ou sa mère que la décision ira dans ce sens. 

Il s’agit de voir si les enfants ne sont pas manipulés, d’une manière ou d’une autre, par l’un des parents. Et c’est parfois très compliqué, quand il y a des accusations de violence, notamment. Ce documentaire vient mettre des images et des exemples très concrets sur l’immense cas de conscience que représente cette question pour les juges : dois-je décider que cet enfant ne verra plus l’un de ses deux parents ? 

Rendre la justice, dans l'intérêt de l'enfant

A la fin de ce documentaire, vous risquez de vous dire, comme moi : mais quel métier ! Quel métier que de rendre la justice. En particulier dans des dossiers comme ceux-ci. On n’imagine pas la solidité, l’humanité, la patience, qui sont nécessaires à une telle responsabilité. Et les professionnels de justice qui sont ici filmés forcent l'admiration. 

C’est un documentaire émouvant, parfois difficile (j’avais une satanée poussière dans l’œil à plusieurs reprises). Mais il sera peut-être utile, aussi. Je suis sûre que cette immersion dans la machine judiciaire pourra aider des parents, devant leur télé, à prendre du recul. Quand on a le nez dans le guidon des disputes ou de la séparation, on ne se rend pas compte – sans doute – de l’ampleur de ce qu’on fait subir aux enfants. Peut-être que cet espoir fait de moi une indécrottable optimiste, mais je me pose la question : et si ce documentaire aidait certains parents à se concentrer sur l'intérêt de l'enfant ? Expression qui revient beaucoup dans la bouche de professionnels de justice. L'intérêt de l'enfant. 

« Séparation : les enfants d’abord ». Mardi 25/02/20 à 20h50 sur France 5. Le documentaire sera suivi d’un débat. 

  • Légende du visuel principal: Delphine Thouillon, juge aux affaires familiales. © Les Films du huitième jour / lsb films / France Télévision
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