Diffusé ce soir sur France 4 à 22h30, « Mary et Max », est un bijou d’animation signé Adam Eliott. Une longue relation épistolaire entre deux personnages solitaires qui vont apprendre à aimer leurs propres différences et celles de l'autre. Un film désarmant de poésie. Promis, ce n'est pas niais !

Détail de l'affiche de Mary et Max d'Adam Elliot
Détail de l'affiche de Mary et Max d'Adam Elliot © Gaumont Distribution

J'ai deux énergumènes à vous présenter, ce matin : Mary et Max. Deux paumés, deux solitaires, deux doux dingues tout cabossés. Mary est australienne, elle vit dans un petit pavillon près de Melbourne. Max est américain, il habite dans un immeuble de New York. Et ces deux-là vont s’écrire des lettres pendant vingt ans sans jamais se rencontrer. Ou peut-être si, à la fin de l’histoire? Allez savoir. Ce sont les personnages d’un film magique diffusé ce soir à 22h30 sur France 4. Juste un détail : ils sont en pâte à modeler. 

« Mary et Max » est un film d’animation australien d'Adam Eliott. Vraiment un bijou à ne pas rater. Visuellement, déjà, c’est une très belle réussite. Mais c’est surtout l’histoire qui vous chavire le cœur. Mary a les yeux « couleur gadouille » et une tâche de vin sur le front : elle ne s’aime pas beaucoup et souffre des moqueries de ses camarades. Elle s’ennuie surtout énormément. Alors elle a une idée. Elle attrape un annuaire, choisit un nom au pif et écrit une lettre à un inconnu.

Hot-dog au chocolat

Et c’est ainsi que va démarrer cette longue amitié épistolaire entre l’Amérique et l’Australie. Je ne voudrais surtout pas trop en dévoiler, mais Mary et Max ne vont vraiment pas bien. C’est d’ailleurs assez frappant : si on imaginait la même histoire dans un film, avec des acteurs, et non pas dans un dessin animé, ce serait un film insoutenable. Mais Adam Eliott est un magicien : il transforme le tragique en burlesque et les larmes en poésie. Sans doute grâce à ces milliers de petits détails sur les personnages qu'il distille avec gourmandise. Sachez par exemple que Max aime les hot-dogs au chocolat, qu’il déteste le jeudi et qu’il a deux télés (une grande qui a le son et pas l’image et une petite qui a l’image et pas le son). Mary aimerait voir plus souvent ses parents, mais son père est occupé dans son usine à fabriquer des sachets de thé et sa mère force un peu trop sur la bouteille. 

Envoi postal de larmes en flacon

Peu à peu, dans ce flot de petits détails, on comprend que Max souffre d’un mal compliqué à raconter dans une lettre : le syndrome d’Asperger. Il trouve la plupart des gens très déroutants. Il aimerait comprendre ce que les visages des autres expriment. Il aimerait pleurer parfois, et pas seulement en épluchant les oignons. Alors Mary lui envoie un flacon de ses propres larmes en cadeau. Mary, elle, voudrait comprendre comment fonctionne l’amour, mais Max préférerait qu’elle lui pose des questions sur le fonctionnement d’un grille-pain ou sur la théorie du chaos. Et dans ces échanges-là, il se dit des choses essentielles sur la façon dont on peut apprendre à aimer les imperfections des autres, et à apprivoiser aussi ses propres défauts. Parce qu’il faut bien s’habituer à sa propre compagnie ! C’est un film qui raconte sans un gramme de niaiserie à quoi peut bien servir l’amitié. 

Cette histoire fait écho au parcours de son auteur. Adam Eliott a la main qui tremble depuis qu’il est petit. Il tient ça de sa mère. Longtemps, il a souffert de cette différence qui l’empêchait de tracer des lignes droites à l’école. Et puis il a décidé de faire de cette imperfection un atout : c’est devenu son style, sa marque de fabrique. Les personnages de ce film, tous dessinés par lui avant de devenir des bonhommes en pâte à modeler, sont un peu de guingois, légèrement de travers et c'est ce qui les rend tellement attachantes. Aujourd’hui, Adam Eliott est fier de cette petite infirmité qui le fait trembler. Et il a vraiment de quoi. 

Mary et Max, film d’animation signé Adam Eliott, ce soir sur France 4 à 22h30 (durée 1h30). A partir de 10 ans. 

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