Dans ce documentaire, Sylvain Desmille raconte comment les insultes homophobes ont façonné la construction de son identité sexuelle. Un film intimiste, touchant et passionnant.

J'ai envie de vous insulter. C'est la chaleur, sans doute. Ou la fin de saison qui approche. Je pourrais piocher dans le catalogue du capitaine Haddock et vous traiter d'ectoplasme à roulettes, de papou des Carpates, ou de crétin des Alpes ! Blague à part, on devrait plus souvent réfléchir au poids des insultes. Surtout quand elles ne sont pas drôles du tout. Je vous conseille un documentaire passionnant et très touchant, diffusé ce soir sur LCP.  Le titre : "Pédale".

Archives familiales

Sylvain Desmille est l'auteur de nombreux documentaires historiques. C'est la première fois qu'il signe un film aussi intimiste. C'est lui qui parle, à la première personne. "Je m'appelle Sylvain Desmille et je suis une pédale". Il s'appuie notamment sur des images d'archives personnelles. On le voit lui, petit, dans des vidéos familiales. Et il raconte la construction de son identité sexuelle. "Avant les premiers baisers avec des garçons, il y eut l'insulte, dit-il, comme un crachat et un baptême". 1973, il a 8 ans : François, son meilleur ami, le traite de pédale. Il ne sait pas ce que ce mot veut dire mais il pressent déjà son danger, son mystère.  

S'approprier les insultes

Les images ne sont pas toutes des archives personnelles. Il y a aussi beaucoup d'archives INA. Des émissions, des films, des séries. Les images que Sylvain Desmille regardait à cette époque. Les  reportages qui décrivaient les traitements médicaux recommandés pour la  "reconversion" des homosexuels, notamment. C'est aussi devant la télé, il s'en souvient très bien, qu'il a entendu son père traiter Charles Trénet de "PD". Revoilà l'insulte homophobe. Celle qui va l'inciter à travailler son hétérosexualité de façade et à ne surtout pas parler à ses parents de son désir pour les garçons.

Mais sans la télé, il n'aurait jamais su qu'à la même époque, aux États-Unis, on recensait toutes les insultes pour se les approprier. S'assumer en se traitant les uns les autres de gouine, de pédale, devenait un signe d'appartenance à la communauté "GAY" (acronyme de "good as you", aussi bien que vous). Pas semblables, mais égaux. Apprendre à renverser l'insulte : voilà le fin mot de l'histoire. "A 15 ans, dit encore Sylvain Desmille, j'étais super honteux mais j'étais super fier."

Un sacre, un titre de gloire

Il  finit par le dire à ses parents, après un parcours long et douloureux.  Et survient cet épisode à peine croyable et pourtant vrai. Il a une vingtaine d'années, il se rend à la Gay Pride de Paris. Et là, sur un char, il tombe sur François. François, le copain d'enfance ! Celui qui, le premier l'avait insulté. "J'avais bien dit que t'étais une pédale", balance François dans un éclat de rire. Et le film se termine sur  la même phrase que celle du début, mais elle a cette fois un tout autre  sens : "Je m'appelle Sylvain Desmille et je suis une pédale." C'est un signe de reconnaissance. Cela n'enlève rien à l'abjection des insultes homophobes, évidemment. Mais grâce à cette révolution des mots, la "pédale" devient un sacre, un titre de gloire. Une manière de dire haut et fort son droit à la différence et à l'indifférence.

📺 REGARDER - Extrait (archive) :

  • Légende du visuel principal: Sylvain Desmille a huit ans quand retentit la première insulte homophobe. © Les Batelières Productions / INA
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