Alex a perdu la mémoire à la suite d'un accident de la route à l'âge de 18 ans. Il fait confiance à son frère, Marcus, pour lui rappeler son passé. Ce dernier va lui fabriquer de toutes pièces des souvenirs d'enfance heureux...

Image extraite du documentaire "Dis-moi qui tu es", sur Netflix
Image extraite du documentaire "Dis-moi qui tu es", sur Netflix © Ed Perkins/Netflix

Il se passe des choses importantes, ces jours-ci, sur Netflix. Le nouveau film de Martin Scorsese, « The Irishman », avec Robert de Niro et Al Pacino. Une histoire de mafia, évidemment. Un film aux allures de testament, qui dure 3h30. Monumental et incontournable. Mais je voulais vous conseiller un autre film, dont vous entendrez moins parler et qui m’a coupé le souffle. C’est un documentaire intitulé « Dis-moi qui je suis ». L’histoire complètement dingue de deux frères jumeaux.

Une mémoire page blanche

Alex et Marcus sont britanniques. Ils ont la cinquantaine aujourd’hui. Leur vie a basculé quand ils avaient 18 ans : Alex a été victime d’un grave accident de moto. Le jeune homme, sur son lit d’hôpital, ne reconnait pas sa mère. Il ne connait pas son propre prénom. Il a tout oublié. Tout, sauf son frère jumeau, Marcus. Alors c’est Marcus qui va tout lui réapprendre, à 18 ans. Il va raconter à Alex son enfance, leur enfance. Les vacances en famille, les anniversaires. La vie quotidienne banale et heureuse d’une famille anglaise, qui habite dans une maison en périphérie de Londres. Il va lui présenter ses amis, qu’il ne reconnait pas. Peu à peu, grâce à l’aide de son frère, Alex a pu se construire à partir d’une page complètement blanche. Mais quelque chose cloche, dans cette histoire, on le comprend assez vite. 

Quand ils ont une trentaine d'années, la mère des jumeaux meurt d’un cancer. Une série d’événements permet alors à Alex de comprendre que les souvenirs d’enfance heureux que son frère lui a racontés, les vacances et les anniversaires... tout cela était faux. Je ne veux surtout pas en dire trop, car ce film repose sur une tension inimaginable. C’est une histoire folle et bouleversante. Le dénouement, surtout, est très perturbant. Les deux frères, assis face à face, sous l’œil de la caméra, se disent tout, enfin.

Le poids du silence

Il y a là de quoi vous plonger dans un abyme de réflexion. Imaginez qu’il vous arrive la même chose. Imaginez qu’on vous dise : « Tu as vécu quelque chose dont tu ne te souviens plus, mais crois-moi, il vaut mieux ne pas le savoir. Si tu le sais, ça va te faire beaucoup de mal ». Que feriez-vous ? Accepteriez-vous de ne pas savoir qui vous êtes vraiment ? Quel est le poids du silence et celui de la vérité ?

Et puis, dans un registre plus léger, cette histoire interroge aussi le rôle des photos dans la construction de notre mémoire. Car Marcus montrait à son frère une photo prise à la plage, par exemple, une photo où l’on voit les deux garçons souriants - et lui disait : on passait de super vacances en famille ! Alex s’est fabriqué des souvenirs autour de ces images, il a meublé les trous, il a inventé les parties qui manquaient et s’est fabriqué ainsi une enfance heureuse. Mais ne fait-on pas, tous, la même chose ? Est-on sûr qu’on se rappelle vraiment ? N’est-ce pas en réalité la photo qui fabrique le souvenir ? Je n’ai que des questions, mais une seule certitude : cette histoire, je m’en souviendrai longtemps. 

« Dis-moi qui je suis » : documentaire signé Ed Perkins. Disponible sur Netflix. 

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