Un documentaire limpide diffusé ce soir sur France 5 raconte l'histoire de la taxe poids lourds, née en 2007 dans l'enthousiasme du Grenelle de l'environnement et enterrée en 2016.

Manifestation des bonnets rouges contre les portiques pour prélever l’Écotaxe en octobre 2014 à Brest
Manifestation des bonnets rouges contre les portiques pour prélever l’Écotaxe en octobre 2014 à Brest © AFP / FRED TANNEAU /

C’est l’autopsie méticuleuse d’un scandale politique. Cette enquête est d'une précision et d'une pédagogie remarquables. Franchement, qui a compris quelque chose à l’écotaxe ? La journaliste Ella Cerfontaine raconte l'histoire depuis le début, elle donne la parole à tous les témoins et acteurs de cette affaire pour montrer comment les gouvernements de droite et de gauche ont échoué à mettre en place une taxe qui faisait pourtant consensus à sa création. Ce documentaire édifiant décortique le mécanisme de la décision politique et pourrait se résumer en quelques mots-clés : clientélisme, démagogie, lobbying. Pas seulement le lobbying des chefs d'entreprise et des transporteurs bretons (qui préfèrent d'ailleurs parler de "travail de conviction", ça fait plus sérieux) mais aussi celui des députés et ministres bretons, droite et gauche confondues (Marc Le Fur, Pierre Méhaignerie, Jean-Yves Le Drian), qui apparemment s'étaient jurés d'avoir la peau de l'écotaxe.

En France, c'est le tout camion qui règne pour le transport de marchandises

L'idée était donc d'instaurer une taxe pollueur payeur, comme ça existe déjà en Suisse ou en Allemagne. Rien de très original. Un chauffeur espagnol, par exemple, qui traverse la France, qui pollue sans mettre un centime dans l'économie française, devra payer une taxe par kilomètre parcouru. L'argent récolté doit permettre notamment de relancer le fret et le transport fluvial, qui sont moins polluants que le transport routier. Pour cela, il faut installer des boitiers GPS dans les camions qui enregistrent la distance parcourue et calculent le montant de la taxe. Et des portiques sur les routes pour contrôler que les camions ont bien un boitier et détecter les éventuels fraudeurs. L'idée est née en 2007 dans un moment d’enthousiasme et de consensus politique rare : le Grenelle de l’environnement.

L'écotaxe connaitra sept reports et deux suspensions avant d'être enterrée

Le manque de courage politique des gouvernements qui se sont succédé est époustouflant. Les manifestations des fameux "bonnets rouges" exprimaient une détresse réelle, qui correspondait à une crise économique et agricole en Bretagne, mais l'écotaxe est vraiment un cas d'école illustrant le règne du court terme en politique. Sous le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, c'est la droite, qui l'a pourtant mise en place, qui va tirer à boulet rouge sur l'écotaxe.

Le premier portique est détruit par les manifestants en été 2013. En 2014 le gouvernement résilie son contrat avec Ecomouv', l'entreprise qui devait collecter la taxe. Les 190 personnes qui avaient été embauchées à Metz et formées pour travailler chez Ecomouv sont licenciées. Le coût total de cette volte-face pour l'Etat est estimé à 1,2 milliards d'euros. Ségolène Royal, qui était alors ministre de l'environnement, est sérieusement épinglée dans le documentaire, accusée au mieux de ne rien connaitre à ce dossier.

Aujourd’hui, le transport par camion continue d’augmenter en France et la pollution aussi. A méditer la prochaine fois que vous passerez en voitures sous l’un des portiques inutiles abandonnés sur les routes nationales.

L’écotaxe, autopsie d’un scandale politique. Ce soir sur France 5 à 20h55.

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