Benjamin Carle, journaliste, s’est mis en tête de fabriquer son casse-croûte tout seul ; l'expérience a donné un documentaire : "Sandwich". L’occasion de retrouver un peu de fierté personnelle et de s’interroger sur les capacités manuelles des Français.

Benjamin Carle aime se compliquer la vie. Dans son documentaire précédent, il s’était contraint à consommer uniquement du « made in France » pendant un an. Cette fois, il a passé presque un an à fabriquer… un sandwich. Un pan bagnat, dont la recette officielle est très stricte : du pain, de l'ail, de l'huile d'olive, du sel, des tomates, des radis, du poivron, des oignons, de l'anchois, de l'œuf dur et du basilic. Mais attention, il n’a pas simplement assemblé son sandwich. Non, il a semé du blé pour fabriquer son pain, il a construit un potager pour faire pousser ses légumes, il a adopté des poules pour avoir des œufs, etc. Une sacrée épopée pour simplement croquer dans un sandwich. 

On ne sait plus rien faire tout seul

C’est un documentaire très drôle, parce que le journaliste ne lésine pas sur l’autodérision, mais qui offre au passage une réflexion passionnante sur le sens du travail et sur nos capacités manuelles. « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien », disait Socrate. Benjamin Carle répond : « tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien faire ». Il se dit qu’il est temps de reprendre ses mains en main. Refaire les choses lui-même pour ne plus avoir à les subir. 

Encore un citadin branché qui découvre la satisfaction d’une activité manuelle? Oui, mais c’est justement ce phénomène de mode du « do it yourself » que Benjamin Carle interroge dans son film. Il en profite pour rencontrer des gens qui ont lâché un job dont ils ne comprenaient plus le sens pour un métier manuel. Ce phénomène des reconversions professionnelles traduit un sentiment de dépossession omniprésent dans le monde du travail. 

Pour fabriquer un sandwich, il a donc fallu apprendre à bécher, semer, faucher, pétrir, presser de l’huile d’olive, faire bouillir de l’eau de mer pour récupérer le sel, et j’en passe. Et l’étape la plus pénible fut d’aller pêcher le thon, dans le pays basque. 

Estime de soi et travail manuel

Le passage le plus étonnant de ce film est le petit séjour chez une famille survivaliste : des gens qui font vraiment tout tout seul, pour être autonomes en cas de catastrophe. On découvre une magnifique machine à laver le linge reliée à un vieux vélo, qui fonctionne sans électricité, simplement en pédalant ! Il fait également un détour par les Etats-Unis pour rencontrer un philosophe devenu mécanicien qui dit des choses passionnantes sur le travail. Il y a une logique implacable dans le capitalisme contemporain qui tend à séparer "penser" et "faire" mais qui peut être battue en brèche.

Faut-il donc retourner à l’âge des cavernes et renoncer à des décennies de spécialisation du travail ? Bien sûr que non. Mais au final, ce qui se trame derrière la volonté de faire soi-même, c'est une recherche d'équilibre entre les savoir-faire collectifs (ceux qui nous ont permis d'inventer, de progresser) et les savoir-faire individuels, indispensables pour l'estime de soi.

« Sandwich » : mercredi 28 mars à 21h sur Canal Plus. 

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"Sandwich" de Benjamin Carle sur Canal Plus © Ricardo Ramirez Buxeda/Canal Plus
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