Catherine Deneuve, dans ce film de Pierre Salvadori, joue une femme obsédée par la fissure sur le mur de son appartement. Mais ce sont ses fêlures à elle, et celles du concierge interprété par Gustave Kervern, qui nous bouleversent et nous font rire.

Il y a une fissure qui passe à la télé, et il ne faut pas la rater. Non, je ne vous parle pas de Stéphane Plazza. « Recherche appartement ou maison » passe par la Lorraine et la Corse, ce mercredi soir sur M6. Il est parfois question de fissure, dans cette émission immobilière, mais je vous propose une alternative beaucoup plus poétique : Dans la cour, un film de Pierre Salvadori, diffusé sur Arte. Salvadori dont le nouveau film, En liberté, est en salles en ce moment et il faut courir le voir, soit dit en passant.

Deux solitudes

Dans la cour, sorti en 2014, c'est la rencontre étonnante entre Gustave Kervern et Catherine Deneuve. Quelle idée saugrenue, que de réunir le zigoto de Groland et la patronne du cinéma français. Eh bien ce duo fonctionne à merveille, tous les deux sont épatants. Gustave Kervern incarne Antoine, un homme franchement paumé, qui a plaqué son groupe de rock et accepté un poste de concierge dans l’immeuble où vit Mathilde, une jeune retraitée qui a le cœur sur la main (Catherine Deneuve). Tous les deux ne vont pas fort et la rencontre de ces deux solitudes est aussi drôle que mélancolique. Il n’est pas question ici d’attirance ou d’amour, mais de comprendre le désarroi de l’autre.  Mathilde ne parvient pas à dormir la nuit et ça inquiète un peu son mari. Elle est obsédée par une fissure au mur.

Elle est convaincue que le quartier tout entier va s’écrouler. Et ce sont ses fêlures à elle qui nous intéressent, bien sûr. La métaphore pourrait être complètement lourdingue, il n’en est rien. Parce que le film repose sur des dialogues d’une grande délicatesse, très bien ciselés, et sur une galerie de personnages plus touchants les uns que les autres : les habitants de l’immeuble. Tous un peu cinglés, chacun dans leur genre. Et au milieu de ce ballet des égarés, Antoine, le concierge, fait ce qu’il peut. Cet ours mélancolique et paresseux nettoie les parties communes, il frotte et tente de se dissoudre dans le quotidien. Il essaie d’aider Mathilde, aussi. Et cela donne notamment une scène mémorable. Un jour, ils vont se promener du côté de la maison où Mathilde a grandi. Une maison où vivent des inconnus aujourd’hui. Et ça dégénère : elle est révoltée parce qu'ils ont coupé le chêne dans le jardin. 

Qui aide l'autre ?

La scène est aussi drôle qu’émouvante. Evidemment, c’est odieux, de crier ainsi sur cette pauvre famille. Mais on la comprend tellement. On ne veut pas que changent nos souvenirs heureux. Et le pauvre Antoine qui pensait que ça ferait du bien à Mathilde, de s’aérer un peu, lui qui se présente comme « un spécialiste de l’accablement »... Tout le charme de ce film est là : on ne sait pas trop qui des deux aide l’autre. On se demande qui sauve qui et s’il y a lieu, de toutes façons, d’être sauvé(e). 

Le fin mot de cette histoire est dans les murs. Qu'il soit question de fissure ou de la maison de l’enfance, les murs parlent de nous. Ils racontent nos joies, nos chagrins, nos souvenirs. Et c’est la raison pour laquelle chacun pourra se retrouver, se reconnaître, dans ce film qui parvient à être très drôle et tendre sans jamais renoncer à la mélancolie. Sacré prouesse. Comment ne pas penser à cette phrase d’Audiard ? « Heureux les fêlés, car ils laissent passer la lumière ».  

Dans la cour, de Pierre Salvadori. Mercredi 28/11/18 sur Arte à 20h55 (et en replay pendant 7 jours).

Légende du visuel principal:
Catherine Deneuve touchante et très drôle dans le rôle de Mathilde, jeune retraitée persuadée que tout le quartier va s'écrouler © LFP – LES FILMS PELLÉAS - FRANCE 2 CINÉMA - DELTA CINÉMA - TOVO FILMS
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