Entre 1810 et 1940, 35.000 hommes, femmes et enfants ont été arrachés à leur terre lointaine pour être exhibés comme des animaux sauvages dans des zoos en Occident. Un documentaire remarquable et bouleversant diffusé sur Arte permet de regarder en face cette réalité méconnue de notre histoire.

Exhiber des "sauvages" derrière des grilles, c'était avant tout légitimer la colonisation et prouver la prétendue supériorité de l'homme blanc.
Exhiber des "sauvages" derrière des grilles, c'était avant tout légitimer la colonisation et prouver la prétendue supériorité de l'homme blanc. © Groupe de recherche Achac.

C'est un film remarquable, bouleversant et surtout nécessaire. Il nous rappelle qu'à partir du 19ème siècle et jusqu'à la deuxième guerre mondiale, des hommes, des femmes et des enfants ont été exposés dans des enclos, dans des cirques, derrière des grilles, dans des expositions universelles ou coloniales. On est allé les chercher au bout du monde pour les réduire à l'état de bêtes curieuses. "Sauvages, au cœur des zoos humains" est à voir sur Arte.

On a beau savoir que les zoos humains ont existé, ce documentaire de Pascal Blanchard et Bruno Victor-Pujebet permet de prendre la mesure de ce que cela signifiait réellement, concrètement. Ce film, dont Abd Al Malik est le narrateur, repose sur une quantité impressionnante d'images d'archives : des photos, des journaux, des films en noir et blanc

Tambo, Oto Benga, Moliko...

Le grand mérite de ce documentaire, c'est de nous raconter en détail l'histoire de quelques uns de ces êtres humains humiliés, maltraités, traumatisés dont les manules d'Histoire n'ont pas retenu les noms. Tambo, Aborigène d'Australie. Ota Benga, Pygmée du Congo. Moliko, venue de Guyane. Au total, plus de 35.000 personnes furent "exposées" en France, en Allemagne, en Grande Bretagne ou aux États-Unis. La foule se pressait pour les voir, fascinée par l'exotisme de ces prétendus "sauvages".  

Les descendants de personnes exhibées sont aussi interrogés. Et c'est exceptionnel. Sylvette, la fille de Marius Kaloïe, notamment, témoigne dans les allées du Jardin d'Acclimatation : c'est là, dans ce parc qui existe toujours, à Neuilly-sur-Seine près de Paris, que son père a été "exposé". En 1931 (oui, on parle bien des années 30, on parle bien du 20ème siècle), Marius Kaloïe avait accepté de quitter sa Nouvelle Calédonie natale pour "présenter sa culture" avec une centaine d'autres Kanaks, à l'exposition coloniale de Vincennes. Une fois sur place, il comprend vite qu'il est tombé dans un piège... La fille de Marius Kaloïe a rapporté la dépouille de son père en Nouvelle Calédonie, où il repose aujourd'hui parmi les siens. 

Regarder notre histoire en face

Croiser le regard de Marius aujourd'hui dans une image d'archive, c'est regarder en face de notre histoire. Une histoire éminemment politique : ces zoos humains servaient avant tout à légitimer la colonisation. "Regardez comme ils sont inférieurs. Voyez comme nous sommes le centre du monde". Le public qui venait voir Marius et les autres danser (un simulacre de danse traditionnelle qu'on leur avait apprise, imposée, dans le bateau vers la France) ne voyait pas des hommes. Il voyait des sauvages. Ces zoos humains étaient censés prouver la supériorité de l'homme blanc. Oui, il faut connaitre l'histoire de Marius, ou celle de cette petite fille de deux ans, arrachée à son village de Patagonie pour être exposée, elle aussi, au Jardin d'Acclimatation, car dans leur histoire se trouvent les racines d'un racisme qu'on n'a pas fini de combattre aujourd'hui.  

« Sauvages, au cœur des zoos humains », de Pascal Blanchard et Bruno Victor-Pujebet (durée 1h30) : samedi 29 à 20h50 sur Arte.  Disponible en replay sur le site d'Arte pendant deux mois. 

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