L'arrivée au pouvoir de Bolsonaro est le résultat du soutien des trois forces les plus conservatrices du Brésil : les religieux évangéliques, les militaires et les propriétaires terriens. Un documentaire diffusé sur LCP - Assemblée Nationale brosse le portrait de ceux à qui le nouveau président brésilien doit tout.

Savez-vous ce que signifient les initiales BBB au Brésil ? Rien à voir avec Brigitte Bardot. Ce sont la Bible, les balles et le bœuf. En VO : Biblia, balas, buey. Autrement dit : les religieux évangéliques, les militaires, et les grands propriétaires terriens (les éleveurs de bœuf). C'est grâce aux BBB que Jair Bolsonaro est président. 

Ces trois forces ultra-conservatrices, qui ont des intérêts communs, se sont unies pour faire élire Bolsonaro, le premier militaire à accéder au pouvoir depuis la fin de la dictature en 1985. Et c'est ce triptyque que décortique François Cardona, l'auteur de ce documentaire. Il l'a tourné pendant les quelques semaines qui ont séparé l'élection de Bolsonaro fin octobre et son investiture en janvier. Des images sur le vif, qui prennent le pouls de l'immense virage que représente pour le Brésil l'arrivée au pouvoir de cet homme d'extrême droite. 

B comme Bible

Une séquence m'a particulièrement marquée. On y voit un enfant haut comme trois pommes haranguer une foule. Il s'appelle Joao Vitor, il a 10 ans et il est pasteur évangélique. Les fidèles, dans la salle, sont tous des adultes. Face à ce gosse en costume cravate qui hurle dans son micro, tous lèvent les bras au ciel, ferment les yeux et semblent habités par la foi. Nous assistons à l'un des prêches de cet enfant pasteur. 

L’Église évangélique connait une ascension impressionnante au Brésil. Elle ne représentait que 2% de la population il y a 60 ans, aujourd'hui c'est un tiers des Brésiliens : 60 millions de fidèles. Et la montée en puissance des Evangélistes, dans ce pays qui hier était un bastion catholique, est cruciale pour expliquer l'élection de Bolsonaro. Celui qui était crédité de 4% d'intentions de vote il y a un an, ne serait jamais arrivé au pouvoir sans l'appui des pasteurs évangéliques, comme cet enfant de dix ans qui hurle ses prêches et dit tout le mal qu'il pense du mariage homosexuel (autorisé depuis 2013) et de l'avortement (qui est toujours interdit au Brésil). 

B comme balles

Les militaires brésiliens ne se cachent plus désormais : nombreux sont ceux qui disent haut et fort leur nostalgie de la dictature. Il est assez terrifiant de voir, dans ce reportage, le vice-président du Brésil, ancien militaire lui aussi, expliquer que le livre du colonel Ustra, (qui fut un tortionnaire pendant la dictature) est son livre de chevet. Un bouquin qui réécrit l'histoire du Brésil pour dédouaner la dictature militaire. 

B comme bœuf

Les propriétaires terriens et l'agro-business se frottent les mains avec l'élection de Bolsonaro, qui a promis, entre autre, d'assouplir la législation sur les pesticides et de soutenir la fièvre expansionniste des planteurs de soja et de café et des éleveurs bovins. L'Amazonie est plus jamais en danger depuis la dernière élection au Brésil.  

Vous risquez de sortir un peu déprimé (avec un D comme dictature et comme déforestation) de ce documentaire sur les 3 B, mais il a le mérite de présenter très clairement les forces qui ont permit l'élection de Bolsonaro. 

C'est à eux qu'il doit tout. Nul doute qu'il saura s'en souvenir.

► Le Brésil sous l'emprise des BBB : documentaire de 52 minutes, mardi 29 janvier à 20h30 sur LCP- Assemblée Nationale Suivi d'un débat animé par Jean-Pierre Gratien :  Bolsonaro, un goût de dictature? 

  • Légende du visuel principal: Jair Bolsonaro, premier militaire à accéder au pouvoir depuis la fin de la dictature militaire au Brésil, en 1985. © Babel Presse / LCP Assemblée Nationale
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