La documentariste Lucia Sanchez propose un regard personnel, sensible et curieux sur le harcèlement moral au travail. Son film met en évidence le manque de formation des managers. A voir en replay sur France 3 Île de France.

C'est un personnage que beaucoup connaissent et redoutent dans le monde du travail. Qu’on en ait été victime ou simple témoin, en entreprise ou dans une administration, on a tous en tête l’exemple d’un manager toxique. Un ou une cadre tyrannique, colérique et obsédé(e) par le pouvoir, qui impose un climat de travail atroce à ses collaborateurs. France 3 Ile de France a consacré un très bon documentaire au syndrome du petit chef : il a été diffusé lundi soir sur la chaîne régionale et grâce au replay, il est désormais accessible à tout le monde.

Lucia Sanchez, la réalisatrice, est aussi comédienne. Elle observe ce mal sournois et invisible avec une grande curiosité et beaucoup de sensibilité. Elle donne d’abord la parole aux victimes, à celles et ceux qui ont subi un petit chef. 

Il nous traitait d'abrutis, nous reprochait tout et n'importe quoi.  

Ce qui frappe, dans ces témoignages, c’est que les collègues ou les autres managers ont très bien vu ce qu’il se passait et n’ont pas réagi. On entend aussi des spécialistes, dans ce documentaire. Un médecin qui dirige une consultation spécialisée en souffrance au travail, mais aussi des coaches et des experts en management. Le manuels de management en prennent pour leur grade, c’est assez savoureux. Mais on comprend assez vite que le cœur du problème, c’est la formation. 

Le manque de formation des managers est l’explication de bien des cas de harcèlement moral au travail. Souvent, par exemple, le meilleur commercial d’un service va se voir nommer chef. Or, être un bon vendeur et être un bon manager, ça ne requiert pas du tout les mêmes qualités, les mêmes compétences. 

Là où le documentaire devient vraiment passionnant, c’est quand il donne la parole à des petits chefs repentis. Des cadres qui reconnaissent qu’ils ont été mauvais, et dont la capacité d’autocritique est assez impressionnante. Notamment cette femme, qui ne précise pas dans quelle entreprise elle a sévi. 

Je faisais comme bon me semblait, c'est à dire diriger selon les résultats, pas selon les compétences, les envies et les besoins de mon équipe. J'étais très autoritaire. Je me trouvais face à quelqu'un qui essayait d'argumenter, et je lui disais "on a compris, tu n'as pas envie de le faire ! Je ne vais tout de même pas t'apprendre ton métier !" C'est méchant, hein. Mais je l'ai été. 

Il a fallu un long trajet en voiture avec une collaboratrice, et que cette dernière ait le courage de lui dire que toute l’équipe allait mal, pour que cette cadre tyrannique se remette en question. Elle n’en a pas dormi, d’abord, traumatisée à l’idée d’être si détestée par ses collaborateurs. 

Et puis elle a suivi une formation de management, elle qui était déjà manager depuis dix ans ! Cela lui a permis de comprendre que la pression qu’elle infligeait à ses équipes était contre-productive (en plus d’être inhumaine). 

Deux autres « petits chefs repentis » témoignent dans ce doc. Evidemment, il faut les croire sur parole, mais leur prise de conscience, je dois dire, est très spectaculaire. Et on se prend à rêver que tous les petits chefs en exercice, tous ceux qui confondent autorité et autoritarisme, regardent ce précieux documentaire...

« Petits chefs » (52 minutes) : à voir en replay sur le site de France 3 Ile de France. 

  • Légende du visuel principal: D'open space en salle de réunion, Lucia Sanchez enquête sur un mal sournois et invisible. © Elda Production / France Télévision
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