Placée en redressement judiciaire, l'aciérie de Saint-Saulve, dans le Nord, avait un an pour augmenter sa compétitivité et trouver un repreneur. Sur France 3, un documentaire poignant, passionnant et visuellement très réussi raconte cette course conte la montre.

Immersion dans une usine en sursis. Un documentaire diffusé jeudi 29 novembre à 22h40 sur France 3 nous conduit chez "Ascoval : la bataille de l'acier". Nous sommes à Saint-Saulve, près de Valenciennes, dans le Nord. Ascoval est une usine sidérurgique menacée de fermeture depuis qu'elle est en redressement judiciaire. Le 12 décembre prochain, la justice doit se prononcer sur une offre de reprise. Eric Guéret y a passé un an et son documentaire est remarquable. D'abord grâce au soin apporté au cadrage, à la lumière, au montage : magistralement filmée, cette aciérie est superbe. 

L'usine, un membre de la famille

Une montagne de ferraille, dans laquelle pioche une grue. Un gigantesque four. L'usine est filmée presque comme une créature fantastique, un dragon d'où sortent des gerbes de feu. La caméra s'attarde sur le mouvement de la poche d'acier, une cuve de 90 tonnes qui transporte l'acier liquide à 1700 degrés. Les ouvriers sont habillés comme des cosmonautes, la chaleur n'est pas un détail. « C'est un avant-goût de l'enfer », explique l'un d'eux en rigolant. Mais tous tiennent à leur usine comme à un membre de leur famille. Et leur émotion est saisissante. 

Près de 300 personnes travaillent chez Ascoval. Une fermeture de l'usine affecterait 300 familles. Ce seraient aussi des savoir-faire qui disparaitraient. L'usine avait un an pour prouver qu'elle est compétitive et mérite de survivre. Et cette course contre la montre, ces jours-ci, touche à sa fin. L'auteur du documentaire a obtenu la confiance de la direction et celle des ouvriers. Il a pu filmer partout. Cela donne des séquences assez rares, à la télé. On voit par exemple monter la tension entre les ouvriers et les délégués syndicaux. Un accord sur le temps de travail est en discussion. Il est question de renoncer à des RTT, de travailler le week-end. Quel est le prix à payer pour espérer sauver sa peau ? On assiste à une réunion très tendue entre les représentants syndicaux et l' entrepreneur belge qui envisage de reprendre l'usine, mais pour qui cet accord sur le temps de travail est une condition sine qua non. 

Peur de l'avenir

Finalement les syndicats signent l'accord sur le temps de travail. Mais les craintes ne sont pas apaisées. Au delà du cas particulier de cette usine de Saint Saulve, le filme pose des questions bien plus vastes, sur le rapport au travail et sur les enjeux de l'industrie en France face à la mondialisation. 

Il y a un personnage encore plus marquant que les autres, dans ce documentaire. C'est Yoann, un ouvrier qui n'a pas supporté d'attendre de savoir si Ascoval serait sauvée. Alors la mort dans l'âme, il s'en va. Il a trouvé du boulot ailleurs. Quand arrive le dernier jour, il est bouleversé. « J'aurais pas cru que ce serait si dur », explique-t-il. Et là, on voit le nom de famille de cet homme, écrit sur son casier. Il s'appelle Lespérance. Yoann Lespérance aime son métier et son usine, mais il a trop peur de l'avenir. Si ça avait été dans un film, on n'y aurait pas cru. 

"Ascoval : la bataille de l'acier" (durée 1h) : jeudi 29 novembre à 22h40 sur France 3.

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Près de 300 personnes travaillent ici. Beaucoup d'ouvriers sont attachés à l'aciérie comme à un membre de leur famille. © Eric Guéret / Bonne Pioche TV / France Télévision
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