Ce spectacle écrit et interprété par François de Brauer, diffusé sur Public Sénat, est une impressionnante performance d'acteur. Une trentaine de personnages y sont incarnés par un seul et même comédien, autour de cette question qui résonne avec l'actualité du monde culturel : à quoi sert l'art ?

Je ne suis pas très cliente, en général, du théâtre filmé, mais la captation de ce spectacle est très bien réalisée. Et surtout, le talent du comédien mérite largement le détour. C’est un seul en scène, écrit et interprété par François De Brauer. La loi des prodiges est à voir sur Public Sénat, mercredi 30 décembre à 15h, ou le lendemain, le 31 décembre à 22h : idéal pour eux et celles qui ont l’habitude d’aller au théâtre le soir du réveillon et qui cette année doivent s’en passer en raison du contexte sanitaire.

Du théâtre sur Public Sénat ? Il faut dire que le sujet de ce spectacle est très politique. C’est l’histoire d’un député qui veut se débarrasser des artistes. Il les trouve inutiles, pour ne pas dire « non essentiels ». Rémi Goutard, c’est le nom de ce député fictif, a la culture en horreur. Ce qui est très impressionnant, c’est que François de Brauer joue tous les rôles dans cette histoire. 

Vous avez dit "non-essentiel"? 

C’est toujours lui, tout seul sur scène. François de Brauer, au fil du spectacle, joue une trentaine de personnages. Un journaliste, un manifestant, Rémi Goutard lui-même, mais aussi ses parents, son ancienne petite amie, un clown qui fait la manche dans la rue, un bébé, un psychanalyste, et j’en passe. A chaque fois, le comédien installe le personnage avec une précision d’orfèvre. Une intonation de voix, un geste, une mimique, un port de tête, lui permettent de passer d’une identité à l’autre. Et on n’est jamais perdu, on sait toujours qui parle, sans que jamais il ne change de costume. Pas d’accessoire non plus, et un décor franchement minimaliste : il n’y a qu’une chaise sur scène. Et pourtant, ce spectacle en met plein les yeux. 

Ce qui ajoute du sel, c’est qu’on assiste, en quelques sortes, à une enquête. Peu à peu, se déroule sous nos yeux la vie de Rémi Goutard. Sa naissance. La carrière désastreuse de son père, qui était selon son psy "un scénariste raté mais un schizophrène de génie". La rupture avec son ex, qui l’abandonne pour un artiste odieux. Peu à peu, les pièces du puzzle s’assemblent et on touche du doigt les raisons de l’aversion de Rémi Goutard pour l’art et les artistes. Avec, en guise de fil rouge, comme une rengaine, ce détail qui n’en est pas un : Rémi Goutard ne se souvient jamais de ses rêves. Pire, il ne rêve jamais. 

"C'est tout un monde que chacun porte en lui"

La loi des prodiges, c’est une heure et demie d’humour et de poésie. Mais c’est aussi une réflexion puissante sur l’art. Sur l’utilité de l’art. Sur la fabrique de l’opinion. Sur la possibilité ou non de soumettre les esprits créatifs à des objectifs quantifiables. Les artistes, soit dit en passant, ne sont pas épargnés par la caricature, avec quelques piques savoureuses contre les dérives commerciales de l’art contemporain, par exemple. Mais cet éloge du non-essentiel est de salubrité publique, ces temps-ci. Et la performance d’acteur de François de Brauer donne de la chair à cette citation d’Alfred de Musset : « C’est tout un monde que chacun porte en lui ». 

La loi des prodiges, spectacle de François de Brauer, à voir sur Public Sénat le 30 décembre à 15h ou le 31 décembre à 22h. La vidéo sera ensuite disponible gratuitement pendant un an sur le site Culture Box. 

  • Légende du visuel principal: François de Brauer excelle dans ce spectacle, filmé en janvier 2020 à la Scala, une salle de théâtre parisienne. © Weesper
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