En 2016, "Exode" fit grand bruit en racontant le parcours de migrants à hauteur d'hommes, de femmes et d'enfants, qui se filmaient eux-même grâce à des smartphones. On retrouve certains d'entre eux dans la suite de ce documentaire, ce soir sur Canal Plus.

La télé sait parfois se montrer indispensable. Quand elle sert à raconter à hauteur d'hommes, de femmes et d'enfants les parcours des silhouettes qu'on aperçoit au JT, le destin des migrants qui rêvent d'Europe. "Exode", coproduction entre Canal Plus et la BBC, avait fait grand bruit en 2016 : un documentaire qui mélangeait du reportage et des images filmées au smartphone par les migrants eux-mêmes. Une traversée à haut risque de la Méditerranée, des camions bondés qui affrontaient le désert, des longues marches en famille pendant des jours et des jours... Ce film exceptionnel a reçu en novembre dernier l'Emmy Award du meilleur documentaire international. C'est la suite qui est diffusée ce soir : "Exode, l'odyssée continue". 

L'empathie contre les fantasmes et les peurs

J'aime autant vous prévenir, c'est bouleversant. Mais toutes les histoires ne sont pas tragiques. Certaines se terminent bien, toutes en tout cas vous embarquent comme jamais. Car c'est l'objectif assumé du réalisateur : susciter de l'empathie pour balayer les peurs et les fantasmes sur les migrants. James Bluemel veut qu'on connaisse cet adolescent guinéen qui essaie de passer la frontière espagnole à Melilla, cette famille syrienne coincée dans un camp en Grèce, ce couple irakien exilé aux États-Unis : il veut qu'on les comprenne, qu'on les aime, et c'est peu de dire qu'il y parvient avec ce documentaire remarquable.

Ce jeune homme afghan qui a déposé une demande d'asile en Finlande et qui assiste, médusé, aux manifestations de l'extrême droite finlandaise contre les migrants : si vous regardez le film, vous allez comme moi crever d'impatience de savoir si oui ou non il obtient un titre de séjour. Car il attend une réponse. Dit comme ça, on se pose la question : n'est-ce pas un peu malsain de raconter la vie de ces migrants comme dans un film à suspens? Non, pas du tout, parce qu'on leur donne la parole en longueur, parce qu'ils racontent leur passé, leur quotidien, leur espoirs, leurs craintes et cette attente qui est toute leur vie. 

On retrouve, dans ce nouveau documentaire, les personnages filmés dans le premier volet. Mais il n'est pas du tout nécessaire d'avoir vu le premier pour comprendre le deuxième ni même pour s'attacher immédiatement à ces déracinés. La petite Isra'a, 12 ans, se souvient de sa vie en Syrie, elle n'a pas oublié la guerre. Ses petits frères et sœurs, eux, n'ont aucun souvenir. Elle vit désormais en Allemagne, elle parle allemand, elle va à l'école et sa famille parle de ce pays d'accueil, l'Allemagne, comme d'une mère "d'une grande tendresse". Cette gamine est radieuse. Et puis il y a aussi de nouveaux personnages, des migrants qui n'étaient pas dans le premier épisode. Une famille qui va devoir se séparer pour avoir une chance de s'installer en Europe : la mère et le bébé d'abord, et puis ensuite - peut-être- le père avec les deux enfants plus grands. 

L'immense intérêt de cette suite, c'est que les choses ont bien changé depuis le premier volet. Trump a été élu, l'Europe a barricadé ses frontières. On en voit les conséquences très concrètes sur la vie de ces gens, sur leurs espoirs de voir la famille se réunir dans un endroit où ils seront en sécurité. Jamais la géopolitique n'a été aussi concrète et intime. 

La force de l'espoir

En Europe, près d'un million de personnes sont en attente de leur demande d'asile. L'ambition était de mettre des visages sur ces chiffres : l'expression a été trop employée, elle est devenue galvaudée. Et pourtant, le visage d'Isra'a raconte un chapitre important de l'histoire de l'Europe au 21ème siècle. Après avoir vu ce documentaire, on repense à beaucoup d'images  marquantes, mais le plus frappant, c'est la place du rire et la force de l'espoir. Même dans les situations les plus sombres, il y a toujours une lueur d'espoir. 

Exode, l'odyssée continue. Documentaire de James Bluemel, ce soir sur Canal Plus à 21h (durée : 1h30).

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Exode © Keo films/CANAL+
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