C'est le nouveau coup de maitre de Russell T. Davies, à qui l'on doit "Years and years". Le scénariste gallois nous plonge cette fois dans le Londres gay des années 1980. Une série chorale, à voir sur Canal Plus, qui vous fera rire et pleurer. A ne pas rater !

Un casting impeccable pour des personnages très attachants. Olly Alexander (Rictchie), Omari Douglas (Roscoe), Nathaniel Curtis (Ash), Callum Scott Howells (Colin)et Lydia West (Jill).
Un casting impeccable pour des personnages très attachants. Olly Alexander (Rictchie), Omari Douglas (Roscoe), Nathaniel Curtis (Ash), Callum Scott Howells (Colin)et Lydia West (Jill). © Red Production Company and all3media international

Voici une série dont m’ont parlé Daniel Morin et Anthony Bellanger. Que ces ceux-là soient d’accord est déjà un événement. Mais figurez-vous que moi aussi, je suis absolument emballée : consensus rare et révélateur ! "It’s a sin" est une minisérie en cinq épisodes de 45 minutes. C’est le nouveau coup de maitre de Russell T. Davies, à qui l’on doit "Queer as folk", mais surtout "Years and years", énorme coup de cœur dont je vous ai parlé il y a deux ans. Ce scénariste gallois a un talent immense. Il a le chic pour créer des séries chorales, où l’énergie du groupe n’empêche pas d’esquisser avec beaucoup de finesse la psychologie de chacun des personnages. "Years and years" était une série d’anticipation, qui se déroulait dans le futur. Cette fois, direction le passé. Nous sommes à Londres dans les années 1980.

C’est l’histoire de Ritchie, qui quitte l’île de Wight à 18 ans et s’installe à Londres pour démarrer ses études. C’est aussi l’histoire de Roscoe, qui s’échappe de sa famille dévote avant d’être envoyé au pays, au Nigéria, pour "laver son péché". Et c’est l’histoire de Colin, un garçon très timide et très coincé mais ô combien attachant, qui débarque du pays de Galles pour faire son apprentissage chez un tailleur, incarnation du chic anglais. Tous les trois sont homosexuels et découvrent la vie nocturne de Londres. Des fêtes flamboyantes, joyeuses et libérées. Ils vont s’installer en colocation avec un autre garçon, Ash et une fille, Jill. Jill n’a jamais assez d’amis gays : mon seul regret, c’est qu’on en sait trop peu sur elle et ses envies, au fil de la série. Elle est en tout cas la seule qui prend au sérieux, dès le début, cette maladie mystérieuse. 

Une énergie galvanisante

Entre déni et panique, chacun, chacune, aura des réactions très différentes face à cette épouvantable épidémie de Sida. "It’s a sin" fait le récit de dix années où tout bascule. 

Cette série est remarquablement écrite et mise en scène. On s’attache à tous les personnages. Le casting est exceptionnel. Des comédiens et comédiennes toujours très justes. Avec, dans un rôle secondaire mais très important, Neil Patrick Harris, qui incarnait l’inoubliable Barney dans "How I met your mother". Le sujet, vous l’aurez compris, est tragique, et pourtant il s’en dégage un très bel élan de vie, une énergie galvanisante. C’est que jamais le scénario ne cède au pathos. 

Et puis, le charme immense de cette série, c’est la musique. Smaltown boy, de Bronksti Beat, Blondie, Eurythmics, Culture Club, sans oublier le tube des Pet Shop Boys qui a été choisi comme titre, "It’s a sin" (c’est un péché). La bande originale est un pur régal. Si vous ajoutez à cela les tenues vestimentaires des années 80, le voyage dans le temps est une parfaite réussite. 

La honte et l'homophobie

Le propos, bien sûr, est éminemment politique. "It’s a sin" fait le récit de l’indifférence coupable de la société de l’époque à l’égard du fléau du Sida, sur fond d’homophobie galopante. Les personnages font bloc pour lutter contre la honte, contre l’intolérance et les conservatismes. Dès le premier épisode, vous aurez sans doute, vous aussi, l’impression de faire partie de cette exubérante bande de potes, de faire partie de leur coloc. Ils vont feront rire aux éclats, c’est certain. Mais prenez garde : plus on s’attache, plus on prend le risque de pleurer à chaudes larmes. 

"It’s a sin" : une mini-série en cinq épisodes à voir sur Canal Plus, pour les abonnés. 

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