La campagne pour élire le président des élèves du lycée n'a rien à envier à la course à la Maison Blanche : coups bas, trahisons et cynisme garantis. Cette nouvelle série Netflix est une réjouissante satire politique, par le créateur de "Glee" et "Nip Tuck".

Rarement un personnage de fiction m'aura inspiré des sentiments aussi ambivalents : ce type, je le hais et je l'adore. Mais je m'en veux de le haïr autant que de l'adorer. Payton est le héros de "The Politician", nouvelle série Netflix dont j'ai avalé les huit épisodes d'une traite. Un gosse de (très) riches qui vit à Santa Barbara, en Californie, et a l'intention de devenir président des États-Unis. Ou plutôt : il sera président des États-Unis, il le sait depuis l'âge de sept ans. A ce niveau de certitude, on est au delà de l'ambition. Ce garçon très intelligent a élaboré un plan minutieux. La première étape, c'est de gagner les élections de son lycée : devenir président du conseil des élèves. 

Cette campagne pour devenir délégué du lycée est menée tambour battant, avec des conseillers en communication d'un cynisme démesuré, avec des sondages d'opinion, des coups bas, des trahisons, du chantage, des meurtres, des suicides, du sexe, des tromperies, des empoisonnements : c'est complètement fou. Est-ce que c'est crédible? Non, pas du tout ! Mais c'est bien ce qui fait tout le charme de cette série. Voilà une satire politique qui assume le grand écart entre drame et comédie acidulée. Acidulée, parce que très colorée. Parce qu'on se croirait, souvent, dans une comédie musicale : c'est la marque de fabrique de Ryan Murphy, réalisateur de cette série, à qui l'on doit aussi "Glee" et "Nip Tuck". 

Payton est incarné par Ben Platt, qui est une star des comédies musicales de Broadway. Gwyneth Paltrow joue sa mère : elle est formidable dans ce rôle d'une femme terrifiée par l'ambition de son fils. On retrouve aussi des comédiennes un peu oubliées, comme Jessica Lange et la géniale Bette Midler. 

"Fake it till you make it"

Série grinçante et drôle sur l'ambition et le pouvoir, donc, mais pas seulement. "The Politician" interroge aussi le genre et donne une large place aux personnages gays et trans (autre marque de fabrique de Ryan Murphy). Et puis c'est surtout une réflexion sur l'obsession des apparences. On pourrait résumer cela en une phrase, un aphorisme bien connu des anglophones : "Fake it till you make it". Fais semblant, le reste suivra. A force de feindre la confiance en soi, on finit par avoir confiance en soi. C'est ce que pense Payton au début : peu importe que je fasse semblant de pleurer, ce qui compte, c'est que je sois ému, et que tout le monde le voie ! Mais peu à peu, il se demande s'il est capable d'avoir des émotions, il s'interroge sur sa capacité à devenir lui-même. Cette facette de la série offre de la densité à ce qui pourrait n'être qu'un soap délicieux. Car oui, c'est un soap. Ce n'est sans doute pas pour rien que l'histoire se déroule à Santa Barbara : joli clin d’œil.

Une seule petite nuance : le scénario a tendance à s'égarer un peu, à partir dans le grand n'importe quoi. Il y a des limites au foutraque. Mais tout est pardonné avec le dernier épisode, le huitième, qui est une merveille. Je n'en dis pas plus, mais cela donne très envie de voir la saison 2, qui a déjà été commandée.

"The Politician", à voir sur Netflix. Huit épisodes de 50 minutes. 

  • Légende du visuel principal: Ben Platt, alias Payton Hobart dans "The Politician" © Netflix
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