Elle est morte dans la pauvreté et l'anonymat, avant que son travail ne soit dévoilé. Vivian Maier prenait des photos sublimes dans la rue. Le documentaire qui brosse son portrait, à la manière d'une enquête policière, est magistral. À voir en replay sur Arte jusqu'au dimanche 2 septembre.

C’est une histoire fascinante, racontée dans un film magnifique. À voir en replay sur le site d'Arte jusqu'à dimanche 2 septembre : À la recherche de Vivian Maier. 

Nous sommes à Chicago en 2007. Un jeune agent immobilier, John Maloof, a besoin de vieilles photos pour illustrer un livre sur un quartier de la ville, qu'il est en train d'écrire. Alors il traîne dans les salles de ventes. Il fait l’acquisition, pour 380 dollars, d’un vieux carton rempli de négatifs. Et là, il comprend vite qu’il a un trésor entre les mains. Ces photos ont été prises dans la rue dans les années 50 et 60 : on y voit des hommes, des femmes, des enfants, des ouvriers, des clochards, des bourgeois... Il y a des autoportraits, aussi parfois, à la faveur d’un reflet dans la vitrine d’un magasin, par exemple. 

Ces photos sont des scènes de vie quotidienne, mais elles sont surtout un concentré d’espièglerie, d’émotion, de tendresse, de malice. Il y a là un sens du cadrage et de la lumière exceptionnels. Mais qui a pris ces clichés ? Une certaine Vivian Maier. John Maloof n'en a jamais entendu parler. Il se renseigne et constate que personne n'en a jamais entendu parler. Elle est complètement inconnue. Il décide donc de la sortir de l’anonymat.

Il suffira d'une exposition à Boston pour que tout s'emballe. Le public en effet ne s’y est pas trompé, les spécialistes non plus : Vivian Maier avait un regard hors du commun. On la compare à Robert Doisneau, à Diane Arbus, à Willy Ronis. C’était une grande photographe, qui est morte dans la pauvreté et l’anonymat. Ce qui est à peine croyable, c’est qu’elle est morte en 2009 : John Maloof avait déjà acheté les fameux négatifs, le carton était chez lui, mais son enquête n’avait encore rien donné. 

Une étrange Mary Poppins

Il a fallu enquêter pour retrouver la trace de Vivian, c’est ce qu’il raconte en détail dans ce film. Première découverte de taille : Vivian Maier était nounou. C’est en se promenant avec les enfants dont elle s’occupait qu’elle a pris toutes ces photos.

Il part donc à la rencontre de ses anciens employeurs et des enfants, qui sont devenus grands. Tous parlent d’une dame étrange, très mystérieuse. Vivian Maier promenait sa longue silhouette dans des vêtements trop grands pour elle. Elle avait un drôle d’accent. Elle ne dévoilait jamais rien sur sa vie. Et surtout, elle avait toujours autour du cou son appareil photo. John Maloof tente de brosser le portrait de cette nanny excentrique, mais elle se dérobe. Les témoignages sont contradictoires. Certains se souviennent qu’elle était dure avec les enfants, d’autres qu’elle était adorable. Et cet accent, était-il réel ou complètement factice ?  

Des milliers de photos qu'elle n'a jamais montrées

Ce film est aussi l'autopsie d'une obsession. Vivian Maier avait la manie de tout conserver. Elle gardait des journaux, par centaines, des tickets de caisse, des bons de réduction. John Maloof a pu avoir accès au garde meuble où elle entassait tout. Il a surtout les cassettes sur lesquelles cette mystérieuse Mary Poppins au Roleiflex avait enregistré sa voix. « Rien ne dure éternellement », se désole Vivian sur l'une de ces cassettes. « La roue tourne, il faut laisser la place aux autres. Quand on arrive au bout, quelqu’un prend notre place. J’arrête là et me dépêche d’aller travailler. » 

Pourquoi Vivian Maier n’a-t-elle jamais cherché à exposer son travail ? Pourquoi n'a-t-elle jamais cherché à faire reconnaitre son talent? Cela fait partie des questions qui restent en suspens. A quoi ça rime, de prendre autant de photos si personne ne les voit ? Et surtout : aurait-elle mal pris qu’un inconnu, après sa mort, la sorte de l’anonymat ? Le réalisateur ne s’épargne pas cette question difficile. Ce qui est sûr, c’est que tout ce battage médiatique l’aurait déprimée, affirment ceux qui l'ont connue comme nounou.

Mais il aurait été dommage – c’est un euphémisme – que son travail reste dans l’oubli. Et ce film aux allures d'enquêtes policières, teinté de nostalgie et de poésie, lui rend un hommage très respectueux. 

À la recherche de Vivian Maier  : un documentaire de Charlie Siskel et John Maloof. Durée : 1h20. Disponible en replay sur le site d'Arte jusqu'au lundi 3 septembre 2018 à 5h du matin. 

Légende du visuel principal:
Vivian Maier, une femme mystérieuse et une très grande photographe. © Vivian Maier Collection John Maloof Courtesy Howard Greenberg Galey
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