Une fresque historique sur le trafic de la drogue réalisée par Julie Lerat et Christophe Bouquet. Des guerres de l'opium du XIXeme siècle à la Colombie d'aujourd'hui, cette vaste enquête retrace le rôle géopolitique de ce commerce clandestin. A voir ce mardi 31 mars sur Arte.

Une fleur de pavot
Une fleur de pavot © YAMI

On imagine aisément que le coronavirus a des répercussions sur le commerce des stupéfiants en ce moment, mais là n’est pas le sujet. Car cette enquête, signée Julie Lerat et Christophe Bouquet, se penche sur un récit bien plus vaste : l’histoire mondiale du trafic de drogue, de son origine à aujourd'hui. C'est une série documentaire passionnante, en trois épisodes de 52 minutes. Un mélange d’images d’archives, de reportages partout dans le monde et d’interviews de spécialistes.

Le fil directeur, c'est de montrer que les drogues ne sont pas seulement un instrument aux mains des trafiquants, mais aussi des appareils d’État. D'ailleurs, le trafic de drogue n'a pas été créé par des mafias, mais par les puissances coloniales européennes. 

Le commerce de l'opium

Cette histoire commence en Angleterre au milieu du XIXe siècle. La Grande Bretagne installe un commerce clandestin d'opium en Chine... La France, éternelle rivale de l’Angleterre, lui emboîte le pas. A partir de 1882, l’État achète de l’opium brut en Inde et en Chine et le raffine en Indochine. La vente d'opium est un monopole public, la contrebande sévèrement punie. Plus la colonie française compte d’opiomanes, plus les caisses publiques se remplissent.

Je ne peux pas tout vous résumer ici, bien sûr, mais vous serez peut-être étonnés par les origines de l'héroïne. Ce produit inventé par les laboratoire Bayer, vendu en pharmacie, était recommandé - tenez-vous bien - pour soigner l’asthme et la toux des nourrissons !

Quand la prohibition s'impose, au début du XXe siècle, les premiers réseaux voient le jour au Mexique, en France, en Chine... Et c'est surtout pendant la guerre froide que les liens entre trafics et grandes puissances mondiales vont avoir des répercussions géopolitiques. 

La Colombie, le Mexique et l'Afghanistan

La série fait les portraits des grands barons de la drogue, Pablo Escobar en tête. Le deuxième épisode leur est consacré. Des barons avides d'argent, mais aussi de pouvoir. Et le troisième épisode montre à quel point le trafic mondial, depuis une vingtaine d'année, est morcelé et s'enracine dans des zones de guerre. Un chiffre glaçant : 80% de l’héroïne mondiale est produite en Afghanistan, aujourd'hui. 

Un long passage par la Colombie permet de comprendre comment les paramilitaires en ont fait un narco-Etat. Ensuite direction le Mexique. Contrairement aux trafiquants colombiens, les cartels mexicains n’ont jamais tenté de prendre le contrôle du pays. Les trafiquants ont longtemps accepté le jeu de corruption orchestré par le parti unique, le PRI. Mais en 2000, c'est l'alternance : le PRI perd le pouvoir. Et cela rebat les cartes pour les trafiquants. Des guerres croisées vont éclater entre les cartels.

Remonter la trace

Tout cela n'est franchement pas joyeux, mais c'est l'occasion de tout comprendre à un trafic complexe. Pour le dire très simplement... si un consommateur de drogue en 2020 a le moindre doute sur le fait que son usage personnel alimente le crime organisé, le blanchiment d'argent et la corruption à grande échelle, il lui reste à regarder Arte ce mardi 31 mars. Pour autant, le propos n'est pas de blâmer les consommateurs. Ce que montre cette enquête, c'est surtout l'inefficacité des politiques répressives en matière de stupéfiants. 

"Histoire du trafic de drogue". Une série documentaire en trois épisodes, à 21h le 31 mars sur Arte et dès à présent sur arte.fr.

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