L'ancienne championne de patinage artistique accuse son ancien entraineur de l'avoir violée, de ses 15 à ses 17 ans. Un documentaire très fort, diffusé sur France 2, retrace son chemin vers la libération de la parole et les répercussions sur le sport français.

Vous vous en souvenez sans doute, Sarah Abitbol était venue témoigner au micro de Léa Salamé sur France Inter à la sortie de son livre, ce fut un moment de radio très fort. Aujourd'hui, place au documentaire télé : "Un si long silence" est diffusé sur France 2 ce mercredi 11 mai.

Ce documentaire, que la journaliste de l’Obs Emmanuelle Anizon a réalisé avec Rémy Burkel, retrace le parcours de cette championne de patinage artistique, son long chemin vers la libération de la parole. Sarah Abitbol a été violée par son entraineur quand elle était mineure.

Le récit, ici, s’accompagne d’images d’archives. Car le père de Sarah avait une caméra VHS. Il était fier de sa fille, il la filmait inlassablement sur la glace. Elle est là, sous nos yeux, cette enfant passionnée et douée, qui fut ensuite détruite. Sur ces vidéos de famille, on voit aussi l’entraineur : Gilles Beyer, cet homme que tout le monde respectait tellement, cet homme qui donne à Sarah une tape sur les fesses à chaque fois qu’elle s’élance sur la patinoire.

La première fois qu’il la viole, précise-t-elle, c’est l’été de ses 15 ans, pendant un stage intensif de patinage. A la fin du stage, tous les parents viennent assister à un spectacle. Sarah se souvient. Chacune choisissait sa musique.

Cette année-là, je décide de patiner sur "Sacrifice" d'Elton John, pour crier mon désespoir. Même si personne ne comprenait, moi je comprenais.

Et le père filmait, là encore. On la regarde patiner, cet été là, l’été de ses 15 ans, habillée tout en blanc, sacrifiée. Elle ne dira rien à personne, ni cette fois-là ni les autres, parce qu’elle avait honte.

Les viols vont durer deux ans. Ensuite, Sarah Abitbol croise la route de Stéphane Bernardis, avec lequel elle va former un duo et un couple. Elle se sent protégée. Elle se libère de l'emprise. Stéphane et Sarah deviennent champions de France en 1993.

Et puis, elle oublie. L’amnésie traumatique est ici très bien décrite. Elle a tout oublié pour survivre. Des années plus tard, à l’âge de 27 ans, les images lui reviennent par flashs. Elle sombre. Sarah Abitbol se confie à ses parents. La mère de Sarah est aujourd’hui rongée par la culpabilité.

J'étais là comme une pomme en permanence, et j'ai rien vu. Rien ! Toute cette souffrance pendant des années. Un petit mal-être de temps en temps, mais j'ai rien vu.

Ses parents veulent aller au commissariat, mais Sarah, à cette époque, n’a pas la force de porter plainte. Elle alerte son club, pourtant ! Mais aucune suite n’est donnée à son témoignage. Elle part vivre aux Etats-Unis, pour être sûr de ne plus croiser son agresseur.

Et c’est bien plus tard, en 2018, grâce au film adapté du livre de Flavie Flament, « la consolation » diffusé à la télé, qu’elle trouve le courage de parler.

Balance ton sport

Ces révélations ont eu des répercussions sur le sport français, il en est question dans le documentaire. Sur le sport en général, pas seulement sur la fédération des sports de glace. 700 enquêtes sont en cours, toutes disciplines confondues, explique la ministre des sports, Roxana Maracineanu. Le mouvement « balance ton sport » est lancé. On commence à mesurer, collectivement, l’emprise possible dans la relation entraineur-athlète.

Ce récit, pour le dire sincèrement, m’a donné envie de hurler. L'omerta qui est décrite, notamment, est insoutenable. Mais le documentaire offre aussi de l’espoir. Car en ayant la force de tout dire, Sarah Abitbol s’est apaisée. Elle sombrait depuis des années, elle va mieux. C’est Emmanuelle Anizon, la journaliste qui a révélé cette affaire, qui le dit : elle a vu la patineuse changer physiquement, elle l’a vue se redresser. « J’ai découvert que Sarah était drôle », dit-elle ! Prendre la décision de tout dire fut immensément douloureux, mais ce fut une renaissance.

« Un si long silence » : mercredi 11 mai à 21h10 sur France 2. Le documentaire sera suivi d’un débat, animé par Julian Bugier.

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  • Légende du visuel principal: Longtemps, elle a oublié le pire, pour survivre. Sarah Abitbol décrit, dans ce documentaire, les mécanismes de l'amnésie traumatique. © Radio France / France TV / Imagissime - Mediawan
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