L'empaquetage de l'Arc de Triomphe, à Paris, c'est eux. Arte consacre un documentaire passionnant à Christo et Jeanne-Claude, couple d'artistes obsédés par le gigantisme et l'éphémère.

Leur complicité crève l'écran, tout comme le regard de gosses qu'ils posaient sur leur propre travail.
Leur complicité crève l'écran, tout comme le regard de gosses qu'ils posaient sur leur propre travail. © Wolfgang Volz

C'est à eux qu’on doit l’empaquetage de l’Arc de Triomphe, à Paris. Œuvre posthume, mais réalisée selon leurs plans. Christo et Jeanne-Claude sont au coeur d'un documentaire que je vous recommande, sur Arte : « Christo et Jeanne-Claude, l’art de cacher, l’art de dévoiler ».  Film d'1h30 qui offre un aperçu de toute leur carrière, depuis leur rencontre à Paris dans les années 1950 jusqu’à leur mort (en 2009 pour Jeanne-Claude, 2020 pour Christo).  

Nés le même jour

Leur œuvre est indissociable de leur vie. Christo Vladimiroff Javacheff et Jeanne-Claude Denat de Guillebon sont nés le même jour (la coïncidence est superbe), le 13 juin 1935. Lui en Bulgarie, elle au Maroc de parents Français. Le père de Christo possédait une usine de textile : le tissu, très vite, fut au cœur de leur art. Ils concevaient des œuvres monumentales, toujours payées par leurs soins.

A Paris, New York ou Berlin, Ils n’avaient de cesse de le répéter : 

Nous payons avec notre argent. Nous n’acceptons pas de sponsor parce que notre travail est un cri de liberté.

Chaque projet était financé par la vente des travaux préparatoires : des croquis, dessins et collages. Les dessins sont signés Christo, pourtant c’était bien un duo d’artistes. On a beaucoup dit qu’elle était son administratrice, ou la vendeuse, mais cela les ulcérait. Les présenter ainsi revenait à se tromper sur leur travail. Car leur art, c’était tout le processus. Les négociations avec les autorités en amont, les obstacles techniques et juridiques, les décisions esthétiques : là était leur démarche d’artiste ! 

Changer de regard

Leur ténacité force l'admiration. Ils se sont battus pendant 23 ans pour pouvoir emballer le Reichstag, à Berlin, en 1995 ! Partout où ils ont installé une œuvre, cela a suscité des polémiques, des réactions d’incompréhension ou de mépris : et cela fait aussi partie de leur art ! Voilà pourquoi ils tenaient à l’aspect éphémère des installations. Chaque empaquetage est une expérience globale. Il ne s’agit pas de comprendre. Il s’agit de changer son regard sur un décor familier. 

De ce documentaire, je retiens la complicité entre cet homme et cette femme, qui crève l’écran. Et puis le regard de gosses qu’ils posaient sur leur propre travail. L’un de leurs fidèles collaborateurs, le photographe allemand Wolfgang Volz, garde un souvenir impérissable d’une œuvre en particulier : un gigantesque rideau accroché dans une vallée du Colorado, en 1972. 1300 mètres carrés de tissu.

On remontait la vallée pour avoir un meilleur point de vue. Christo était aux anges : "Regarde, c'est exactement comme sur le dessin !" Pour moi aussi, c'était une expérience renversante.

Cette œuvre-là n’a duré qu’une journée : victime d’un orage imprévu, elle s’est décrochée et a dû être démontée. Christo et Jeanne-Claude étaient tout de même satisfaits : l’éphémère est le pilier de leur démarche artistique. Ils étaient convaincus que l’art ne peut exister que dans son temps. Mais ils ont prouvé que l’éphémère peut être indélébile. Leurs œuvres sont liées aux lieux et à l’histoire des lieux. Elles vivent pour toujours dans la mémoire collective. 

« Christo et Jeanne Claude, l’art de cacher, l’art de dévoiler » : sur Arte à 22h40 le mercredi 15 septembre ou quand on le souhaite sur le site de la chaine, arte.tv.

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