Loin d’être un phénomène isolé, le cyberharcèlement touche en majorité les femmes. Deux journalistes belges enquêtent sur ce déferlement de haine virtuelle, aux conséquences bien réelles.Documentaire à voir sur Arte.

Victime d'insultes sexistes, de menaces de mort et de viol après une chronique sur Europe 1, Nadia Daam le dit sans détour : depuis, elle ferme sa gueule.
Victime d'insultes sexistes, de menaces de mort et de viol après une chronique sur Europe 1, Nadia Daam le dit sans détour : depuis, elle ferme sa gueule. © Kwassa Films

Le titre donne le ton : « #salepute ». Ici, les insultes, les menaces, les intimidations, les appels au viol ne sont pas édulcorés : les mots sont dits clairement, lus à voix haute. Il faut en passer par là pour prendre la mesure du harcèlement en ligne. Myriam Leroy et Florence Hainaut, les deux journalistes belges qui signent cette enquête, sont elles-mêmes régulièrement menacées et insultées sur Internet. Elles donnent la parole à d’autres victimes, seulement des femmes. Car c’est une vérité sur laquelle il faut insister, elle a été documentée : ce sont surtout les femmes qui sont harcelées en ligne. Et leurs harceleurs sont en majorité des hommes qui, contrairement aux idées reçues, appartiennent à des milieux socio-économiques plutôt favorisés. 

Ce documentaire percutant recueille le témoignage d’une dizaine de victimes, de tous profils, dans tous les pays et donne ensuite la parole à des spécialistes, pour mieux comprendre cette lame de fond.  

Répercussions bien réelles

Un point commun entre les femmes qui témoignent ? Celui d’être visibles. Elles sont journalistes, humoristes, femmes politiques, autrices. Elles ont osé prendre la parole et ont été, en retour, victime de raids orchestrés, d’insultes sexistes d’une violence inouïe. La journaliste française Nadia Daam fait partie de celles qui ont le courage de témoigner. 

On a beaucoup parlé cette semaine du procès de Mila, cette adolescente victime d’un lynchage en ligne. L’audience était l’une des premières consacrées au harcèlement en ligne comme nouvelle infraction. Les lignes bougent donc timidement sur le plan judiciaire en France. Mais on est estomaqué, en regardant ce documentaire, par l’impuissance de la justice et son incompréhension, dans tous les pays.

La loi n’est à la hauteur nulle part. La police non plus. L’aspect orchestré de ces attaques en ligne est complètement méconnu, mal compris. Les policiers, très souvent, disent aux victimes que ce n’est pas si grave, qu’elles n’ont qu’à fermer leur compte Facebook. L’immense responsabilité des plateformes est aussi soulevée. On comprend à quelle point la haine en ligne est bien plus applaudie que sanctionnée, en réalité. La haine permet de gagner en visibilité. 

Ce ne sont que des mots ?

Internet, espace public moderne, est devenu un terrain miné pour la moitié de l’humanité, concluent les deux journalistes qui signent ce documentaire. La violence qui y règne fait taire les femmes, elle les fait fermer leur gueule - puisque là encore, les mots dans toute leur crudité s’imposent. Quand ceux qui répandent cette haine en ligne et ceux qui l’observent disent : « ce ne sont que des mots », on est en droit d’entendre : « ce ne sont que des femmes ». 

#SalePute (durée : 1h). Mercredi 23 juin à 22h35 sur Arte, ou quand on le souhaite sur le site de la chaine, arte.tv (il est déjà en ligne). 

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