Dans toutes les villes et tous les villages de France, on voit des monuments au morts, des monuments de pierre portant les noms des soldats morts pour la France. Cette chanson est aussi un monument au mort.

Craonne - Corps des fantassins gisant parmi les barbelés. Peinture a l'aquarelle de Francois Flameng
Craonne - Corps des fantassins gisant parmi les barbelés. Peinture a l'aquarelle de Francois Flameng © AFP

Un monument à tous les morts et un monument anonyme puisqu'on ne sait pas qui a écrit la chanson de Craonne

Adieu le vie, adieu l'amour, adieu toutes les femmes / C'est bien fini, c'est pour toujours de cette guerre infâme

Cette chanson a été écrite sur la mélodie d'un grand succès sentimental d'avant-guerre : Bonsoir Mamour. Et peu à peu des dizaines de version successive d'un texte anonyme ont dit les douleurs, les souffrances, la colère des soldats de l'armée française dès le début de 1915, pendant les combat de la colline de Lorette. Ou en 1917 pendant l'effroyable bataille du chemin de Dames.

C'est là que le texte va se fixer pour devenir au cour de l'été la chanson qui accompagne les mutineries dans l'armée française.

La chanson de Craonne était un secret des combattants. Elle n'a jamais été imprimée ou enregistrée pendant la guerre, mais cette chanson on peut aujourd'hui la chanter librement, parce que la colère et la révolte de ces hommes restent un manifeste pour la liberté et la dignité humaine.

La chanson de Craonne

Quand au bout d'huit jours, le r'pos terminé,
On va r'prendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile.
Mais c'est bien fini, on en a assez,
Personn' ne veut plus marcher,
Et le cœur bien gros, comm' dans un sanglot
On dit adieu aux civ'lots.
Même sans tambour, même sans trompette,
On s'en va là haut en baissant la tête.

Refrain
Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes.
C'est bien fini, c'est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C'est à Craonne, sur le plateau,
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
C'est nous les sacrifiés !

C'est malheureux d'voir sur les grands boul'vards
Tous ces gros qui font leur foire ;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c'est pas la mêm' chose.
Au lieu de s'cacher, tous ces embusqués,
F'raient mieux d'monter aux tranchées
Pour défendr' leurs biens, car nous n'avons rien,
Nous autr's, les pauvr's purotins.
Tous les camarades sont enterrés là,
Pour défendr' les biens de ces messieurs-là.

Au Refrain

Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
Pourtant on a l'espérance
Que ce soir viendra la r'lève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain, dans la nuit et dans le silence,
On voit quelqu'un qui s'avance,
C'est un officier de chasseurs à pied,
Qui vient pour nous remplacer.
Doucement dans l'ombre, sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes.

Refrain
Ceux qu'ont l'pognon, ceux-là r'viendront,
Car c'est pour eux qu'on crève.
Mais c'est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève.
Ce s'ra votre tour, messieurs les gros,
De monter sur l'plateau,
Car si vous voulez la guerre,
Payez-la de votre peau !

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