Voici la chanson de Lorette. Lorette comme la bataille de Lorette. Une bataille désespérante, effrayante qui commence en octobre 1914 pour durer un an.

Cimetière de Notre-Dame de Lorette, près d'Arras où reposent près de 43 000 corps de soldats francais
Cimetière de Notre-Dame de Lorette, près d'Arras où reposent près de 43 000 corps de soldats francais © AFP

Un an pendant lequel les tranchées françaises sont souvent à quatre mètres des positions ennemies. 

Les officiers sont dans leurs abris. Beaucoup vont mourir aussi dans les effroyables combats pour reconquérir la colline de Lorette qui domine la plaine de Lens. Ainsi, le 10 mai 1915, Ernest Barbeau, général de brigade est mortellement blessé par un obus allemand. Il compte parmi les 609 officiers tués pendant les six semaines d'une offensive qui va faire 102 500 victimes du côté français.

Au cours de ce printemps 1915, la police trouve dans le courrier des soldats le texte de cette chanson. La musique vient d'un grand succès sentimental de l'époque : Bonsoir Mamour et le texte a été écrit par un ou deux soldats anonymes.

C'est à Lorette, sur le plateau / Qu'on a risqué sa peau / Nous étions tous condamnés / Nous étions sacrifiés

Cette chanson est bien la première trace écrite d'un sentiment de révolte au sein de l'armée française. C'est la première version d'une chanson légendaire : La chanson de Craonne

La chanson de Lorette

Quand on est au créneau
C’n'est pas un fricot, (1)
D'être à quatre mètres des Pruscots
En c’moment, la pluie fait rage
Si l'on s’montre, c'est un carnage
Tous nos officiers sont dans les abris
En train de faire des chichis
Et ils s'en foutent pas mal si, en avant d'eux
Il y a de pauvres malheureux
Tous ces messieurs-là encaissent le pognon
Et nous, pauvres troufions
Nous n'avons qu’cinq ronds

{Refrain :}
Adieu la vie, adieu l'amour
Adieu toutes les femmes
C'est bien fini, c'est pour toujours
De cette guerre infâme
C'est à Lorette, sur le plateau
Qu'on a risqué sa peau
Nous étions tous condamnés
Nous étions sacrifiés

Nous voilà partis, avec sac au dos
On dit adieu au repos
Car pour nous, la vie est dure
C’est terrible, je vous l’assure
À Lorette, là-haut, on va se faire descendre
Sans même pouvoir s’défendre
Car si nous avons de très bons canons
Les boches répondent à leur tour
Forcés de tenir, et dans les tranchées
Attendant l'obus qui va v’nir nous tuer

{au Refrain}  

(1) fricot a ici le sens de passe-droit

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