Elles sont des centaines de milliers de femmes dès l'automne 1914 à prendre le chemin de l'usine. Il faut bien remplacer derrière les machines les hommes partis au front, surtout dans les indispensables usines d'armement.

Les tourneuses d'obus dans  les "officines Breda" en 1916
Les tourneuses d'obus dans les "officines Breda" en 1916 © AFP

Et ce sont des milliers de femmes qui apprennent en quelques jours un nouveau métier. Elles se font tourneuses d'obus. 

Et nous somm’ des femmes pas fragiles / C’est nous qui f’sons dès le matin / Des soixant’quinz’ ou des cent vingt / Poussant l’burin !

La chanson ne blague pas. Il faut vraiment des bras solides pour tourner, par exemple, les 200 millions d'obus du calibre 75 qui seront produits pendant la guerre. Au rythme d'une centaine d'obus par heure, par ouvrière, vous voyez le travail accompli par les tourneuses d'obus.

Et la guerre donne non seulement du travail aux femmes de la classe populaire, elle leur donne aussi des idées. Des idées d'indépendance. Alors, tous les textes, tous les poèmes et toutes les chansons qui les célèbrent, comme Les tourneuses d'obus, sur une mélodie de Vincent Scotto, en 1917, tout rappelle aux femmes que la nation compte sur elles mais qu'il ne faut pas se bercer d'illusion.

Leur place, c'est au foyer. L'égalité des droits, ça attendra.

Les tourneuses d'obus

I. – On n’est pas inutiles,
On n’est pas embusquées,
On a les bras dans l’huile,
On est dure au métier.
Nous avons des ampoul’s aux mains,
Et nous somm’ des femmes pas fragiles,
C’est nous qui f’sons dès le matin,
Des soixant’quinz’ ou des cent vingt
Poussant l’burin !
Nous somm’s les tourneuses d’obus
Les mômes des Poilus
On est pas des duchesses
On peut nous voir dès le matin
Nous cavaler au turbin
Et tout le jour à l’atelier
On cisèle l’acier
Comm’ des homm’s à la r’dresse
On peut dir’ qu’ell’s jett’nt leur jus Les tourneuses d’obus.

II. – Nous gagnons la brigfaille,
Des vieux à la maison,
L’homme est à la bataille,
Il faut bien bien qu’nous bouffions.
En donnant la crout’ aux moutards
C’est nous qui faisons la mitraille
Que nos gars envoient aux boch’mards
Pour leur z’y rentrer dans le lard
Ou bien autr’ part ! 

III. – Quand la guerr’ s’ra finie,
Qu’nos poilus reviendront,
Notre tache accomplie,
A la gar’ nous irons.
Nous leur dirons plein’ de fierté :
On va reprendre notre vie,
Reprends ta place à l’atelier,
Nous les femm’s on r’tourne au foyer
Pour te choyer !

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