Quel que soit notre âge, jeunes ou plus âgés, nous avons tous lu à l’école le Tartuffe de Molière… Tartuffe, vous savez, cet imposteur, ce personnage menteur, dissimulateur, religieux libidineux qui fait semblant d’être vertueux… Souvenez-vous de sa réplique la plus célèbre : « Couvrez ce sein que je ne saurais voir…Couvrez ce sein que je ne saurais voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées et cela fait venir de coupables pensées ». Ce nom de Tartuffe est devenu un nom commun, on dit un Tartuffe et une tartufferie… Et bien c’est justement ce que nous faisons ici en France avec un certain nombre de différences culturelles des populations d’origine immigrée qui vivent ici. Nous faisons semblant de ne pas les voir. Nous tartuffons… pardon pour ce verbe qui n’existe pas, mais qui devrait exister ! Nous tartuffons donc, parce que nous faisons comme si les difficultés d’intégration avaient seulement des causes sociales, et non pas aussi des causes culturelles. Autrement dit, nous faisons comme si les échecs de l’intégration étaient seulement de notre responsabilité, à nous français, parce que nous reléguons trop d’immigrés et de descendants d’immigrés dans des ghettos. Alors que ceux-ci subissent en réalité une double peine : ils sont victimes à la fois de handicaps sociaux qui viennent des graves dysfonctionnements de nos sociétés occidentales (relégation territoriale, discriminations, etc.), mais aussi de handicaps culturels qui ont pour cause la culture d’origine, même si celle-ci est devenue plus ou moins lointaine… Autrement dit, trop de populations issues de l’immigration sont certes victimes du traitement de citoyens de seconde zone que la France leur réserve, mais elles sont aussi trop souvent victimes d’elles-mêmes, victimes d’un rapport difficile, conflictuel, subi, non maîtrisé, à leur culture d’origine, victimes parfois des archaïsmes ou des pathologies de leurs cultures, de leurs croyances, de leurs mœurs héritées des sociétés d’origine.

Un seul exemple, que je développerai tout à l’heure avec mon invité du jour Hugues Lagrange : la polygamie des populations africaines immigrées du Sahel… Hugues Lagrange explique dans son dernier livre que notre société et ses intellectuels dominants font tout pour ignorer ce type de problème : il dit, je le cite, « que notre attitude occulte, dans la compréhension des faits sociaux, les origines culturelles, comme d’ailleurs le fait religieux », et il explique aussi que le fait de dire une chose pareille lui a « attiré les foudres » de plusieurs autres sociologues… Bref, comment peut-on espérer intégrer en France des familles polygames, et il y en a beaucoup dans certaines périphéries de nos grandes villes, alors que celles-ci sont prisonnières d’un véritable cercle vicieux : d’un côté, leurs propres traditions les enferment, et condamnent leurs enfants à des difficultés sociales qui sont la conséquence du maintien de ces traditions, et de l’autre la France les fait vivre dans des ghettos où il leur devient encore plus impossible de se libérer du poids et du handicap de ces traditions ! Des deux côtés, ces populations sont coincées !

Voilà pourquoi nous sommes des Tartuffes vis-à-vis des populations d’origine immigrée ! Nous passons notre temps à dire « vive la différence », à chanter la différence, mais en réalité nous ne voulons pas la voir vraiment, c’est-à-dire que nous ne voulons pas affronter les défis qu’elle nous impose. Je pense que nous voulons nous illusionner : croire qu’il suffira d’améliorer les conditions sociales, matérielles, de la vie des populations d’origine immigrée pour que, d’un coup de baguette magique, les différences culturelles qui nous gênent disparaissent ! Alors qu’il nous faut non seulement sortir ces gens de leur m… de leur misère pardon, les sortir de leur enfermement dans des cités-ghettos, mais aussi affronter la question morale : avec la polygamie par exemple, ou avec les intégrismes religieux, ne pas faire semblant de ne pas voir le problème, ne pas en sous-estimer la gravité pour notre vivre ensemble ! Et pourtant c’est hélas ce que nous faisons : nous déclarons la polygamie illégale, certes, mais nous la laissons perdurer tranquillement dans certains quartiers de nos grandes villes ! Et avec l’islam c’est pareil : nous chantons « vive la différence », mais on ne veut pas voir la contradiction pourtant flagrante, brutale, directe, entre nos valeurs de dialogue, de compromis, et une loi islamique que certains musulmans voudraient imposer comme une loi absolue dans nos espaces publics ! Or dès qu’on ose dire de la sorte qu’il y a des éléments de cultures étrangères qui sont incompatibles avec nos valeurs, certains hurlent aussitôt au racisme, à la xénophobie, à l’intolérance, à l’islamophobie, au néocolonialisme, etc. Quand donc aurons-nous assez de maturité morale, intellectuelle, politique et sociale, pour être capable d’assumer que l’intégration de tous au vivre ensemble demande non seulement d’accueillir la différence, mais aussi la capacité de tenir un discours critique sur un certain nombre d’expressions de cette différence, pour lui demander de se réformer, de renoncer à elle-même quand elle est incompatible avec nos valeurs ?

L'interview d'Agathe Maire :

Yama Wade Diouf , reine de Sabar, professeur de danse Sabar, chorégraphe.

La rubrique "Concordance des temps " d'Abdennour Bidar :

L'Empire malien et l'intégration au XIVème siècle.

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Un fou noir au pays des blancs Un témoignage autobiographique drôle et féroce, sur un sujet bouleversant : celui de son exil forcé depuis l’Afrique vers la Belgique. Ce spectacle relate non seulement son incroyable voyage, mais aussi les difficultés qu’il a pu traverser en arrivant en Europe. Humaines et nuancées, les paroles de Pie Tshibanda nous touchent au plus profond de nous-même. Elles mettent en évidence avec un humour acerbe et une intelligence raffinée le regard que nous portons parfois sur ceux que nous ne connaissons pas, la méfiance que nous inspire la différence.Un témoignage autobiographique drôle et féroce, sur un sujet bouleversant : celui de son exil forcé depuis l’Afrique vers la Belgique. Ce spectacle relate non seulement son incroyable voyage, mais aussi les difficultés qu’il a pu traverser en arrivant en Europe. Humaines et nuancées, les paroles de Pie Tshibanda nous touchent au plus profond de nous-même. Elles mettent en évidence avec un humour acerbe et une intelligence raffinée le regard que nous portons parfois sur ceux que nous ne connaissons pas, la méfiance que nous inspire la différence. Ce spectacle est une médication douce à prescrire contre l’intolérance et l’étroitesse d’esprit.

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