Il a déjà été question d’intégration dans cette émission. A l’automne, nous avions parlé de l’intégration des Roms, et plus récemment Hugues Lagrange, spécialiste de l’immigration sahélienne en Ile-de-France, est venu nous parler de l’intégration de ces populations maliennes, sénégalaises, etc. Mais dans cette Cause commune nous n’avons pas encore abordé la signification même du mot « intégration », et nous ne sommes pas encore assez demandés ce que signifie exactement le fait de s’intégrer, et même plus précisément encore ce que signifie le terme même d’intégration... Encore un de ces mots que nous avons tout le temps à la bouche, qui sont fondateurs de notre modèle français de « vivre ensemble »… mais dont la signification exacte est peut-être plus difficile à donner qu’il semble de prime abord !

Posons nous donc aujourd’hui quelques questions à ce sujet… A partir de quel moment un individu est-il intégré à la société française ? Suffit-il qu’il ait des papiers français ? Suffit-il qu’il travaille depuis plusieurs années en France et qu’il paye ses impôts en France ? Ou bien l’intégration exige-t-elle davantage – non seulement une installation physique et une insertion socioéconomique, mais également l’adhésion de l’individu à un mode de vie, à des valeurs fondatrices, et dans une certaine mesure le sentiment d’une identification à l’histoire de ce pays et la volonté de participer à son destin, de contribuer à son avenir ?

On le voit, les critères de l’intégration selon à géométrie variable, entre le fait d’exiger un minimum – vivre ici - et le fait au contraire d’exiger bien davantage – partager des valeurs et une façon de vivre… J’insiste un peu sur ce dernier point : on dit souvent que la France exige beaucoup des étrangers qui viennent s’installer sur son sol, qu’elle exige beaucoup trop de choses de la part de celui qui désire s’intégrer… Elle lui demande en effet de signer symboliquement un véritable contrat moral et social avec ses valeurs fondatrices – liberté, égalité, fraternité, laïcité, etc… Mais de la part de la France, est-ce exiger beaucoup ou bien offrir beaucoup ? Je crois que c’est à la fois exiger beaucoup, mais aussi offrir beaucoup : en l’occurrence, à celui qui naît ici de parents étrangers ou qui vient s’installer, on offre de partager bien davantage que des biens matériels – un certain niveau de vie, etc. On offre de partager des biens spirituels, les valeurs que j’ai évoquées, mais aussi un art de vivre à la française… fait de tolérance, d’esprit critique, de convivialité, etc… Alors oui la France est exigeante en matière d’intégration, mais c’est aussi parce qu’elle a beaucoup à offrir, qu’elle est riche d’une longue histoire et d’une grande culture autour de laquelle elle veut légitimement rester soudée tout en offrant – j’insiste sur ce mot – tout en offrant à ceux qui arrivent ici l’opportunité de venir contribuer à la perpétuation et au renouvellement de sa culture…

Pourquoi donc demandons-nous toujours aux étrangers qui veulent vivre en France de s’intégrer, et pourquoi nous inquiétons-nous autant de l’intégration des populations d’origine immigrée ? Il est certain qu’on en fait parfois trop, beaucoup trop avec cette notion d’intégration… et que certains s’en servent à des fins d’exclusion, de refus de la différence, etc… Certains ne supportent plus qu’on l’emploie, et y sont devenus allergiques : dès qu’ils entendent le mot intégration, ils crient à l’assimilation forcée, ils hurlent à la destruction de toute diversité visible par une République qui, à trop vouloir rester « une et indivisible » serait une machine à nier et effacer les différences culturelles… Notre but dans cette Cause commune, semaine après semaine, est d’essayer de montrer que beaucoup de nos débats sont ainsi piégés par l’hystérie autour de certains mots, dont nous avons besoin et qu’il s’agirait d’employer de façon un peu dépassionnée : je pense à ce mot d’« intégration » dont il est question aujourd’hui, mais aussi à ceux d’« identité », « identité française », ou « laïcité »… Il suffit qu’ils reviennent dans l’actualité pour que certains montent au créneau – des intellectuels, des journalistes, des politiques – en leur faisant dire tout et n’importe quoi… Faut-il donc les abandonner pour cette raison ? Faut-il arrêter de parler d’intégration, d’identité, de laïcité, sous prétexte qu’il y a trop de confusion à leur sujet et qu’ils soulèvent trop de passion ? Au contraire, tout au contraire… et dans la mesure où ils sont nécessaires à notre réflexion sur nous-mêmes, je crois qu’il faut tout faire pour les arracher à cette confusion et réussir le défi de les rendre à nouveau utiles pour notre vivre ensemble. C’est ma conviction. Je crois en l’occurrence qu’il faut continuer à parler d’intégration, et rester fidèle à l’exigence française en matière d’intégration… Nous devons continuer d’assumer cette exigence. Pour une raison qui tient justement à la signification même du mot « intégration » - on revient à cette nécessité, que j’évoquais au départ, de bien s’entendre sur le sens des mots. Que veut dire intégration ? Cela veut dire à la fois adaptation et intériorisation. Demander à quelqu’un de s’intégrer à la société française, c’est donc lui demander deux choses : un, de faire l’effort de s’adapter au mode de vie, aux mœurs et à la culture française, deux de faire l’effort d’intérioriser un certain nombre de valeurs qui correspondent à l’héritage historique de notre société. L’intégration, c’est ce double effort, cette double responsabilité de la part de celui qui doit s’intégrer… Mais je vais m’arrêter là pour ce qui concerne ce petit effort initial que je viens de faire là… cet effort de définition même du mot que nous allons reprendre dans un instant avec mon invitée du jour, l’essayiste Malika Sorel !

L'interview d'Agathe Maire :

Darina AL- JOUNDI , comédienne et auteur de la pièce Ma marseillaise au Théâtre de la Bruyères

La rubrique "Concordance des temps " d'Abdennour Bidar :

Les conditions de la naturalisation sur le site service-public.fr :http://www.service-public.fr/

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