Souvenez-vous, chers auditeurs fidèles de Cause commune… C’était il y a trois semaines au Salon du Livre, j’étais avec Alain-Gérard Slama et nous discutions dans cette Cause commune du rôle des écrivains dans la construction historique de l’identité française… La littérature comme miroir de nous-mêmes, comme opportunité pour notre société de prendre un peu mieux conscience d’elle-même. Mais il n’y a pas aujourd’hui que les livres qui veulent et qui peuvent nous servir ainsi de miroir, et nous donner l’occasion de réfléchir sur notre vivre ensemble. Les images que nous proposent la télévision ou le cinéma, à travers des films, des documentaires, des reportages, mais aussi des séries télévisées, jouent aussi ce rôle. Les séries télévisées justement, parlons-en, et plus précisément parlons de l’une d’entre elles qui est dans notre pays devenue une véritable institution, un phénomène de société, un rendez-vous social suivi par des millions de téléspectateurs. Je veux parler de Plus belle la vie bien sûr, PBLV pour les intimes ! Comment expliquer l’audience stratosphérique de ces minutes quotidiennes sur France 3, qui jour après jour nous font assister « aux amours et aux emmerdes » - comme aurait dit Aznavour - de quelques couples et familles marseillaises. Comment donc expliquer un succès aussi durable et formidable ? Est-ce l’ambiance marseillaise, le soleil marseillais, la chaleur humaine marseillaise ? Peut-on vraiment parler d’"effet Marseille" ? Je poserai la question dans un instant à mon invité du jour, Jean-Yves le Naour, qui a consacré un ouvrage à Plus belle la vie. Il y fait__ référence à ce qu’il appelle la « légende rose » de Marseille (à côté de sa légende noire de ville dangereuse et mal famée) : « Marseille », écrit-il, serait « la porte de l’Orient, la ville ouverte, la grande intégratrice » qui a digéré et intégré toutes les vagues successives d’immigration pour devenir un symbole national du vivre ensemble, une sorte, dit-il, de « Babel-sur-Méditerranée » ou de « New York à la sauce provençale »… Est-on là dans le cliché, voire dans la négation d’une réalité socialement bien plus dure, bien moins plaisante, ou bien en effet la vie est-elle plus belle ici parce que – je cite encore Jean-Yves le Naour, « il règnerait ici » (remarquez bien qu’il emploie le conditionnel) « il règnerait ici une forme de chaleur ou de convivialité qui donne tout son sens au titre du feuilleton », en particulier dans ce fameux quartier du Panier où l’action se concentre et où « en effet, on se parle » ? Il me semble en fait que dans la série cet arrière-plan marseillais n’est finalement pas si présent que ça et que la force de ce programme tient surtout à sa capacité de donner à voir notre société telle qu’elle est aujourd’hui avec ses tensions, ses questions, ses évolutions. Certes, les histoires entre les différents personnages sont des histoires personnelles, et il y a l’excitation de voir là le miroir de chacune de nos petites affaires individuelles – amours, disputes, commérages, confidences, etc. Mais il y a aussi le miroir d’une société, la photographie d’une époque à travers quelques unes de ses interrogations ou crispations – par exemple sur la diversité, le racisme, l’islam, la précarité sociale, la désillusion vis-à-vis de la classe politique, l’acceptation ou le rejet de l’homosexualité, etc… Tout cela fait-il de PBLV une fiction réaliste ? Peut-on dire que l’art imite la vie, ou bien que comme le disait WOODY ALLEN : "La vie n’imite pas l’art, elle imite la mauvaise télévision…" Mais Plus belle la vie, évidemment c’est de la bonne télévision ! C’est en tout cas ce que je vais demander dans un instant à mon invité du jour, Jean-Yves le Naour !

L'interview d'Agathe Maire :

Samia Ghali , maire socialiste des 15ème et 16ème arrondissements de Marseille, sénatrice des Bouches-du-Rhône.

Photo de la home page : Plus belle la vie ® France 3

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