Nous sortons d’une année 2012 qui a été très fortement marquée par la tragédie de Toulouse, survenue en mars, au cours de laquelle sept personnes, dont trois enfants, ont été assassinés par un monstre dont j’aurais préféré ne jamais connaître le nom – ce Mohammed Merah qui se revendiquait comme musulman, comme djihadiste, et qui au nom de l’islam a voulu tuer, et en particulier tuer des juifs. Il me semblait nécessaire que dans cette Cause commune nous revenions avant la fin de l’année sur cet évènement. Parce qu’il nous a fait exploser à la figure une évidence : bien que cet acte de barbarie soit un cas extrême, il est toutefois révélateur de quelque chose qui est en train de s’aggraver sous nos yeux : un climat de violence autour de l’islam – c’est-à-dire d’une part la violence d’un islam radicalisé; une sorte d’islamofolie qui s’empare de tout un ensemble de musulmans qui se crispent sur leurs revendications; d’autre part, une islamophobie, une peur de l’islam qui se répand de façon souvent irrationnelle, et une hostilité diffuse ou déclarée contre les musulmans.

Une islamophobie donc, mais aussi une islamofolie dont Merah a été l’exemple extrême… Même si – je tiens à le rappeler - beaucoup de musulmans condamnent totalement l’acte de Merah… Néanmoins, néanmoins, il faut oser dénoncer en même temps l’antisémitisme qui se développe de façon inquiétante chez trop de jeunes d’origine musulmane. Il faut oser le dire, l’islam et les musulmans ne prennent pas suffisamment leur responsabilité vis-à-vis de ce phénomène ! Je pose donc la question : Lorsque les différents responsables de l’islam de France condamnent solennellement l’antisémitisme, Ou sont les actes, au-delà des mots ? L’islam a-t-il entrepris de réformer en profondeur son regard sur les juifs ? Question d’éducation. Dans les familles musulmanes, et au-delà dans les quartiers à majorité musulmane, quel discours tient-on sur les juifs ? Et au fait , car il faut poser la question dans les deux sens, dans les familles juives et dans la culture juive, quel type de discours tient-on sur les musulmans ? Qu’est-ce qu’on enseigne aux enfants de part et d’autre ?

Le problème est que les racines du mal sont très très anciennes, puisque dans le Coran lui-même les Juifs sont régulièrement désignés comme un peuple élu puis maudit par Dieu… Alors je sais bien certains me diront que le Coran c’est loin, et que la cause de tout ce qui se passe aujourd’hui entre juifs et musulmans n’est pas religieuse, mais politique. On me parlera du conflit israélo-palestinien qui s’importe en France, etc. Mais je crois que sur cette question nous avons assez de problèmes dont l’origine est ici en France, pour que nous restions bien concentrés sur ce qui NOUS arrive. A savoir, d’un côté, une « nouvelle judéophobie », et de l’autre une montée de « l’islamophobie ». Une recrudescence des agressions verbales et physiques contre les juifs, venant essentiellement de jeunes d’origine musulmane ; et une recrudescence des manifestations d’hostilité vis-à-vis de l’islam et des musulmans.

Mais peut-on établir une symétrie entre les deux phénomènes ? Du côté musulman certains veulent faire reconnaître cette islamophobie comme l’équivalent actuel de l’antisémitisme historique – comme si les musulmans étaient les « nouveaux juifs » de la société française, c’est-à-dire sa nouvelle population de boucs émissaires . Que faut-il en penser ? Le musulman d’aujourd’hui est-il comme le juif d’hier le nouveau coupable idéal de la société française, le responsable désigné d’avance de tous ses malheurs ? Cette thèse se heurte à mon avis à une objection majeure : comment l’islam peut-il réclamer le statut de victime alors même que, à côté des musulmans modérés, il y a aujourd’hui en France cette radicalisation très grave de musulmans qui sont clairement entrés dans un logique d’affirmation identitaire sans aucune réflexion critique sur elle-même, et donc dans une logique d’épreuve de force avec la République… en refusant tout compromis, toute négociation avec le reste de la société française, pour s’enfermer dans le repli identitaire, le défi et la provocation ?

Il y a là quelque chose comme une ironie terrible… Au moment même où le monde musulman veut se libérer de la domination du religieux, dans la plus grande douleur et le plus grand chaos comme en Egypte actuellement, va-t-on voir les musulmans français – à contrecourant de l’histoire en marche - s’enfermer au contraire dans les chaînes du religieux ?

L'interview d'Agathe Maire :

L'Imam Mohammed AZIZI, l'animateur principal de l'Amitié Judéo-Musulmane de France

La "Concordance des temps" d'Abdennour Bidar :

  • Abraham Ibn Ezra, mort en 1167 et surnommé le Docteur admirable , qui était à la fois philosophe, poète, mathématicien, astronome, interprète des textes sacrés.

  • Le rabbin, philosophe et mystrique__ Maïmonide , qu’on nomme parfois RAMBAM – pour Rabbi Mosheh Ben Maimon - l’auteur d’un texte devenu mythique, Le guide des égarés.
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