Je veux vous parler aujourd’hui d’un bien commun auquel nous ne pensons pas assez souvent, dont nous ignorons trop souvent l’importance : un bien commun, c’est quelque chose qu’il faut savoir partager pour se sentir un peu plus proches les uns des autres… Et ce bien commun auquel on ne pense pas assez, ou dont on sous-estime l’importance, c’est… l’espérance ! Il nous faut – je crois – savoir espérer ensemble pour faire société, pour faire une société plus solidaire, plus unie, et qui a plus confiance en elle… L’espérance en l’avenir de nos sociétés humaines, l’espérance en l’avenir de l’humanité. L’espérance qui est une foi laïque, une foi profane, et qui a donc l’immense avantage d’être partageable par tous, athées et croyants… Et une foi qui elle aussi, comme la foi dont nous parlent les religions, permet de déplacer des montagnes…

Pourquoi cette espérance est-elle un bien commun ? Pourquoi est-elle nécessaire au vivre ensemble ? Pourquoi en avons-nous besoin pour faire société, c’est-à-dire pour vivre de façon plus fraternelle ? Parce que l’espérance n’est pas simplement un sentiment, ou une idée abstraite… C’est une force ! Une source d’énergie indispensable et unique en son genre… Et c’est grâce à elle qu’une société humaine peut trouver la force et l’enthousiasme nécessaires pour se projeter vers l’avenir… et pour faire de cet avenir un véritable progrès !

Tandis qu’au contraire, à chaque fois que nous perdons cette capacité à espérer, que se passe-t-il ? Qu’observe-t-on ? Dès que nous perdons confiance en l’être humain, confiance en notre destin collectif, confiance les uns dans les autres, alors rien ne peut plus nous motiver et nous enthousiasmer suffisamment pour affronter les difficultés et les défis du vivre ensemble.

Il n’y a qu’en cultivant l’espérance qu’on trouve la force d’affronter les défis de notre temps – les défis de notre société si souvent divisée contre elle-même et qui se laisse aller trop facilement au pessimisme… Si nous sentons-nous souvent si impuissants face à toutes nos fractures sociales, c’est – je le redis – parce que nous n’allons pas chercher l’énergie là où elle se trouve… Nous ne le faisons pas, parce que nous n’avons pas ce que j’appellerais l’intelligence de l’espérance, c’est-à-dire que nous ne comprenons pas sa valeur et sa puissance ! Or c’est cela justement l’espérance, une puissance, une énergie pure - le moteur d’une formidable puissance d’agir, de transformer le monde ! Le moteur de l’histoire ! Le philosophe Ernst Bloch disait d’elle en ce sens qu’elle est « le bienfaiteur le plus sérieux de l’humanité » ! Et c’est aussi la raison pour laquelle la religion parlait de la foi comme de cette force qui, seule, permet de soulever des montagnes…

Voilà pourquoi il faudrait que nous comprenions l’importance de cultiver bien davantage l’espérance, de la cultiver au sens d’une éducation : éduquer les jeunes à espérer, et au besoin se rééduquer soi-même à espérer !

Ce n’est pas choisir la facilité, la facilité de se bercer d’illusion ! Car pour être capable d’espérer, il faut de l’imagination, il faut peut-être une lucidité supérieure, et il faut aussi sans doute de la volonté – la volonté de ne pas se laisser contaminer par la morosité ambiante, par le « tout fout l’camp », par tous ces professeurs de désespoir qui nous disent à longueur de journée que tout va mal et ira encore plus mal…Et si finalement l’espérance - le sens de l’espérance – était l’un de nos nombreux sixième sens ! Alors comme chacun de nos autres sens et comme notre sensibilité tout entière, il s’éduque, il s’exerce, il se travaille… C’est pourquoi j’ai invité aujourd’hui l’un de ces hommes devenus trop rares qui, dans notre société, nous réapprennent précisément à cultiver, à éveiller, cette espérance. A tout de suite donc, avec Jean-Claude Guillebaud !

L'interview d'Agathe Maire :

Laureline AMANIEUX, écrivain, docteur en Lettres, auteur de Ce héros qui est en chacun de nous. La puissance des mythes , paru aux éditions Albin Michel en 2011.### La rubrique "Concordance des temps" d'Abdennour Bidar :

Nicolas de Condorcet, Esquisse d'un tableau historique des progrés de l'esprit humain, disponible en poche aux éditions Flammarion.

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