Qu’est-ce qui nourrit l’être humain ? Qu’est-ce qui le fait grandir ? Qu’est-ce qui lui permet de dépasser ses limites ? Comme nous sommes à Saint-Malo aujourd’hui, je dirais que c’est « L’air du large »… Mais qu’est-ce que c’est l’air du large ? Et que signifie de « prendre le large » ? Quand tout au moins on ne le prend pas au sens littéral mais figuré, poétique, spirituel ? Prendre le large, prendre la voie du large, c’est s’élancer vers un autre rapport à la vie, ou un rapport à une autre vie, une vie plus large justement, c’est-à-dire plus vaste, une VIE ELARGIE, avec de pus vastes horizons plus grands, plus beaux, plus élevés, plus magiques ! Une vie élargie, c’est une VIE OUVERTE, beaucoup plus ouverte, sur nos espaces intérieurs, la profondeur de notre âme, mais aussi beaucoup plus ouverte vers l’extérieur, aux autres, au monde, à la nature…

Avons-nous une porte ouverte vers nos propres profondeurs – vers ce cœur secret de notre être où il y a, comme en tout homme, un enfant qui s’émerveille, un génie créateur qui dort, un conquérant et un voyageur qui imagine des mondes plus beaux que celui-ci, et qui pourrait les créer, oui qui le pourrait , si on lui avait appris à se relier ainsi à la fontaine jaillissante de son cœur créateur !

Avons-nous davantage avec les autres l’opportunité de vivre assez souvent des relations plus profondes, plus authentiques, et de faire de véritables rencontres au lieu de simplement se croiser toujours et de ne se parler jamais ? Vivons-nous dans une société qui facilite entre nous le partage, l’amitié, l’amour ? On nous parle sans arrêt de respect, de tolérance, mais la relation à l’autre être humain, ce devrait être bien plus que cela ! L’occasion de nous découvrir et de nous enrichir mutuellement, lui du mystère qui est en moi et moi du mystère qui est en lui, lui de mon énergie créatrice et moi de la sienne ! Mais nous sommes dans une société qui ne sait pas, qui ne se préoccupe pas, de faire de chacun de nous quelqu’un de plus ouvert, de plus vivant, de plus créateur – elle veut seulement que tout le monde bosse et que tout le monde dépense. Elle rétrécit la vie, elle rétrécit l’homme – c’est une société qui fait comme les Jivaros de Tintin, les fameux réducteurs de tête : notre société met notre tête dans un tout petit bocal – elle réduit notre âme, rabougrit notre imagination, assassine à petit feu notre intériorité en la laissant s’atrophier, dégénérer avant même de s’être éveillée… Comment voulez-vous donc, après cela, que les hommes soient curieux les uns des autres, respectueux les uns des autres ? Je crois que pour respecter il faut admirer et aimer : mais qu’avons-nous d’admirable et de désirable, nous les hommes de cette société qui n’a fait de nous que des individus aussi banals, aussi plats et morne, qui se ressemblent presque tous en presque tout !

A quand une société qui nous permettra donc de respirer l’air du large, qui nous initiera à la plongée profonde, en nous-mêmes et dans l’océan de la vie, qui nous donnera le goût et le de tout ce qui PLUS GRAND QUE LA VIE, qui nous donnera le désir de chercher en nous-mêmes quelque chose de vraiment beau, et grand, de vraiment plus sublime que le reste, et qui nous apprendra aussi le sens du mystère, qui nous fera penser à l’univers infini en nous faisant espérer et entrevoir que, peut-être, ce que nous portons en nous-mêmes est encore plus grand que cet infini…

Voilà aujourd’hui notre Cause commune, une autre Cause commune qui doit s’ajouter à toutes celles dont nous avons déjà parlé ici – et qui à mon avis les dépasse toutes, les intègre toutes… Car tous les combats sociaux pour le vivre ensemble que nous avons débattu, à quoi servent-ils finalement ? A quelle finalité et espérance de fond ? A quel progrès humain plus désirable que tous les autres ? Je crois que nos sociétés et notre civilisation humaine dans son ensemble auront réellement progressé le jour où elles permettront ainsi à chaque individu non seulement de respirer l’air du large, mais de prendre le large et de vivre au large… C’est-à-dire encore une fois de mener une vie plus forte que la vie ordinaire, plus profonde que la vie superficielle de la société de consommation, plus créatrice que la vie de conformisme et d’obéissance de nos actuelles sociétés de masse !

Pourquoi reste-t-elle donc si rare cette vie plus riche, plus profonde, plus puissante, plus consciente, plus enivrante ? C’est que nos sociétés nous font vivre tellement à l’étroit, et même cuire à l’étouffée, serrés comme des sardines les uns contre les autres dans nos supermarchés, nos voitures embouteillées ou nos espaces mentaux bouchés et encombrés par les médias et la pub ! Nous sommes dans une société qui tel un boa constrictor aux anneaux de fer étouffe l’être humain, et l’empêche presque invinciblement de vivre relié à lui-même, aux autres et à l’univers – c’est une société qui le coupe de toutes ces RELATIONS grâce auxquelles la vie se régénère et pourrait devenir plus belle et plus féconde !

VIVRE RELIE à notre richesse intérieure ? Pour cela il faudrait que nous ayons appris à méditer et que nous ayons le temps, le luxe, de nous arrêter un peu de courir partout pour gagner notre croûte !

VIVRE RELIE aux autres ? Mais pour cela il faudrait que l’on arrête de nous diviser et de nous mettre en lutte les uns contre les autres, droite contre gauche, immigrés contre souchiens, musulmans contre le reste du monde… En lutte aussi, de tous contre tous cette fois, pour un travail qui devient rare, un argent difficile à gagner… Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Va-t-on nous faire croire encore longtemps qu’il faut que nous passions nos vies à travailler comme des bêtes ou des brutes pour gagner juste de quoi payer nos crédits ? C’est typiquement dans ce genre de schéma mental que notre société et nos politiques nous enferment et nous abrutissent… Et c’est vis-à-vis de cela, pour nous en libérer enfin, que je vous invite aujourd’hui avec Michel le Bris - mon invité du jour – à PRENDRE LE LARGE !

L'interview d'Agathe Maire :

Nahal Tajadod , écrivain, spécialiste du poète perse Rûmi, auteur deSur les pas de Rûmi en 2006 __ et de Elle joue en 2012, tous les deux publiés aux éditions Albin Michel.

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