Notre société française est fondée politiquement et moralement sur ce que Jean-Jacques Rousseau, le philosophe du siècle des Lumières, a appelé un CONTRAT SOCIAL. Notre vivre ensemble est basé sur ce contrat social, c’est-à-dire sur un contrat passé entre tous les citoyens, et plus précisément entre tous les citoyens et le pouvoir politique : en tant que citoyens en effet, nous passons un accord avec le pouvoir politique que nous choisissons. Nous lui disons ceci : nous te donnons la responsabilité de nos intérêts, la responsabilité du bien commun, la responsabilité de faire prospérer la société selon des principes de liberté, d’égalité et de fraternité ; et en échange - c’est ça le contrat - nous les citoyens nous acceptons de t’obéir à toi, le pouvoir politique qui s’est engagé à assumer cette responsabilité. Voilà le contrat social français, qui est un contrat de confiance entre les citoyens et le pouvoir, entre la société et l’Etat.

Or je constate que nous sommes aujourd’hui dans une situation extrêmement grave pour notre vivre ensemble parce que les citoyens ont de plus en plus l’impression que le pouvoir politique ne remplit plus sa part du contrat social, du contrat de confiance. L’Etat est accusé de ne plus écouter les citoyens, de ne plus les comprendre, de ne plus assumer les responsabilités que le peuple lui a confiées. De notre société monte ainsi une colère, une rancœur, sourde et profonde, parce que la classe politique semble avoir gardé le pouvoir sans avoir conservé le sens de la responsabilité qui va avec, notamment vis-à-vis de tous ceux qui souffrent : les ouvriers, les employés, les chômeurs, les jeunes, etc. que de plus en plus de chercheurs appellent les « invisibles » parce que le pouvoir politique n’en parle jamais, ne s’adresse jamais à eux… Et qu’il soit de gauche ou de droite à cet égard n’y change rien… L’alternance politique semblant être devenue, dans notre pays, une sorte de rituel vide, tellement les politiques sont interchangeables. Bref, notre contrat social qui était à l’origine un contrat de confiance, laisse de plus en plus la place à un constat de défiance, parce qu’il ressemble de plus en plus à un marché de dupes !

… Alors bien sûr certains diront que ce genre de constat vieux comme le monde, ou tout au moins vieux comme la démocratie. Je crois que c’est assez juste…Mais pourtant je m’interroge : tout cela dure depuis longtemps, certes, mais cela peut-il encore durer indéfiniment ? N’allons-nous pas tôt ou tard vers un point de rupture ? Un point où le divorce sera définitivement consommé entre la société et la classe politique ? Et si nous allions donc, et nous en sommes peut-être très près déjà, vers la rupture de contrat, la rupture pure et simple de notre contrat social ? Pourquoi ? Parce que le ras-le-bol et le désarroi populaires s’aggravent face au spectacle d’une classe politique qui semble vivre désormais et presque en permanence sur une autre planète… Le spectacle récent des déchirements Copé-Fillon, engagés dans une lutte d’egos absolument indécente à des années-lumière des préoccupations des gens, mais aussi la difficulté du nouveau pouvoir socialiste à changer quoi que ce soit à la situation réelle du pays, tout cela pourrait nous diriger encore un peu plus, et plus vite, vers un point de non retour… Un point où le système explose à force de dysfonctionner… Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Faut-il imaginer l’avenir à partir du passé, et penser que le peuple français va une fois encore se révolter et jeter par terre tous les pouvoirs ? Faut-il s’attendre dans les années à venir à une nouvelle révolution ? Une grosse colère du peuple, violente, soudaine et radicale… Et si nous étions dans une période prérévolutionnaire ? Il ne s’agit pas de jouer à se faire peur en évoquant cette possibilité, mais de s’interroger sur l’exaspération que risque de provoquer dans le peuple, tôt ou tard, cet effroyable autisme des politiques… Et si c’était donc la vieille pulsion révolutionnaire française qu’on était en passe de réveiller, elle qui dans notre beau pays de passions sociales ne dort jamais que d’un œil ?

L'interview d'Agathe Maire :

Claude Onesta, entraîneur de l'équipe de France de hand-ball.

La chronique "Concordance des temps" d'Abdennour Bidar :

Alexis de Tocqueville "De la démocratie en Amérique ", publié chez Robert Laffont en 2012.

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