D’où vient la fête de Noël ? C’est une célébration de la naissance de Jésus Christ qui a été fixée au 25 décembre à partir du IVème siècle, peut-être sous le règne de Constantin, le 1er empereur romain chrétien – ou bien quelques décennies plus tard par le Pape Libère ou Liberus, en l’an 354 exactement. Mais ce christianisme des premiers siècles a probablement repris, en leur donnant aussi des significations nouvelles, d’anciennes célébrations païennes qui avaient lieu lors du solstice d’hiver. Car c’est bien ce solstice qui constitue le symbole le plus ancien lié à la fête que nous appelons aujourd’hui la fête de Noël. Le solstice d’hiver est le moment de l’année où la durée du jour est la plus courte, et où cette part de lumière va recommence à augmenter par rapport à la part de la nuit. A partir de ce solstice, les journées s’allongent, et c’est alors comme si le soleil entreprenait de reconquérir lentement mais sûrement, un peu plus chaque jour, les territoires perdus sur les ténèbres. Et avec le soleil, la vie – car la vie a besoin de lumière et de chaleur.

Voilà sans doute le fondement symbolique de cette fête au cœur de l’hiver… Elle inaugure un processus de renaissance de la vie grâce à la puissance et générosité créatrice du feu du soleil. Tous les récits du passé sur cette période, bien avant le christianisme, proposent ce double symbole de la naissance d’une vie nouvelle et de la puissance créatrice. On cite souvent, par exemple, le culte de Mithra, un dieu dont le culte vient de l’ancienne Perse, l’actuel Iran, et qui fut célébré dans l’Empire romain jusqu’aux premiers siècles de notre ère. Or ce dieu Mithra est le plus souvent représenté sacrifiant un taureau, dont on voit le sang couler, et précisément ce sang qui coule symbolise la fertilisation de la terre par le dieu : le sacrifice du taureau revivifie le monde, la mort engendre la vie nouvelle. Comment ne pas voir dans la Nativité chrétienne une perpétuation et une métamorphose de ce même symbole ? L’Enfant qui naît, le divin enfant selon les chrétiens, est porteur d’une vie nouvelle, qui ressuscitera de la mort, et qui a racheté par sa souffrance sur la Croix les péchés des hommes… pour les faire renaître à leur tour, renaître à l’innocence.

A partir de ce petit rappel historique et symbolique, qui je l’espère vous aura donné envie d’enquêter un peu plus par vous-mêmes sur cette question, je voudrais qu’on se demande ce qui nous reste aujourd’hui de ces anciennes significations, de ce vieux patrimoine symbolique de Noël ? Que célébrons-nous aujourd’hui lors de cette fête ? Que reste-t-il de ce culte au soleil, de ce culte de Mithra, de ce culte du Christ, qui tous faisaient réfléchir les hommes sur le mystère de la création ? Sur le mystère de la naissance de toutes choses ?

Qu’est-ce que c’est désormais que « l’esprit de Noël » ? Et en reste-t-il un qui soit vivant ? Ce moment de l’année offre-t-il toujours l’occasion à notre société de se rassembler autour de valeurs communes ? Lesquelles en l’occurrence ? Est-ce que ce sont majoritairement des valeurs et une signification religieuses ? Plusieurs sondages montrent que « l’esprit de Noël » rassemble bien au-delà du religieux, et que la fête est surtout vécue maintenant comme un événement profane. Seule une minorité – entre 15 et 20% des gens – la célèbrent encore comme l’événement religieux de la naissance du Christ. Noël est en quelque sorte tombé dans le domaine public… très au-delà de la communauté chrétienne.

Mais il s’agit de se demander – c’est ce que je ferai avec mes deux invités – si à travers ce passage du religieux au profane la valeur symbolique de Noël ne s’est pas quelque peu perdue, ou tout au moins fortement diluée ? Si « l’esprit de Noël » a encore des significations assez fortes, assez profondes ? Ou bien si - et je crois que c’est ce qu’on peut craindre - cette date n’est pas devenue un monument de vulgarité matérialiste, c’est-à-dire un pur et simple phénomène commercial, l’occasion pour les uns de faire exploser leur chiffre d’affaires, et pour les autres de se livrer à une orgie de consommation, à une frénésie totalement irrationnelle de dépenses ? Noël serait-il surtout devenu le triste symbole de notre décadence matérialiste ? De l’incapacité de notre civilisation actuelle à trouver pour la vie humaine des significations aussi profondes que celles qu’elle avait su trouver dans le passé, au sujet des mystères de la naissance, de la vie et de la mort ? Le constat est sans doute trop pessimiste. Même si on est souvent – c’est mon cas –désespéré et indigné par l’indécence des fortunes dépensées en cadeaux, par l’indécence du gaspillage d’une nourriture dont des quantités énormes partent à la poubelle… Mais peut-être qu’en même temps c’est un des rares moments de l’année où tout le monde pense un peu plus aux autres, où les familles se rassemblent, se réconcilient, font une trêve dans leurs querelles, et où l’offrande de cadeaux réactive quelque peu la valeur du don et du partage ? Alors, Noël est-il non seulement devenu une fête qui non rassemble vraiment tous au-delà des clivages religieux, mais a-t-il su, en plus, rester une fête qui nous rassemble autour de grandes valeurs ?

L'interview d'Agathe Maire :

Roger Fiammetti, osthéopathe, auteur du livre Les angoissés de Noël , paru aux éditions Vega.

La chronique Concordance des temps d'Abdennour Bidar :

Baronia de Jean-Paul Sartre.

Les liens

l'Observatoire de la laïcité

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