Dimanche dernier nous étions à Saint-Malo en compagnie de Michel le Bris et Nahal Tajaddod. Dans mon éditorial j’insistais sur quelque chose que j’observe de plus en plus autour de moi dans notre société : les gens en ont marre de l’individualisme, de l’égoïsme, de la solitude et de la compétition sociale ; un vaste mouvement de révolte commence à se dessiner par rapport à cela, une aspiration profonde à réapprendre un véritable VIVRE ENSEMBLE, plus partageur et plus humain. Nous sommes de plus en plus nombreux à préférer la qualité des liens sociaux plutôt que la réussite individuelle à tout prix. Nous cherchons à vivre plus et mieux reliés les uns aux autres. Nous en avons assez de cette épouvantable vie en société que nous a léguée le XXème siècle : une vie dans laquelle c’est « chacun pour soi » et « chacun ses dieux »…

Mais VIVRE RELIE ne veut pas dire seulement se relier aux autres. C’est également vivre davantage relié à soi-même… Et c’est là-dessus que je voudrais que nous réfléchissions ensemble aujourd’hui dans Cause commune. Car cela aussi je l’observe dans notre société comme un désir qui depuis peu monte en puissance et se propage : de plus en plus de gens éprouvent le besoin de se relier aux autres de façon plus humaine, mais aussi de se relier à eux-mêmes, c’est-à-dire… Eh bien c’est-à-dire au moins deux choses : d’une part, me relier à moi-même c’est arriver à se mettre à l’écoute de mes véritables besoins, de mes véritables aspirations ; et d’autre part me relier à moi-même signifie apprendre à me réconcilier avec moi-même, à vivre de façon plus sereine, plus détendue, plus heureuse et ouverte… Je dis apprendre car en effet comme tout le reste chez l’être humain c’est quelque chose qui se cultive !

Voilà un phénomène qui me paraît tout à fait remarquable en ce début de XXIème siècle : on veut vivre de façon plus solidaire, plus partageuse, avec les autres, mais on veut aussi se rapprocher de soi-même. On cherche l’AMITIE avec autrui, mais aussi avec soi… Et on commence à comprendre qu’on sera d’autant plus capable de vivre avec autrui de façon plus amicale, généreuse et ouverte qu’on est plus en paix et en accord avec soi-même. Vivre relié à soi et à autrui sont ainsi deux causes communes… Une seule et même chose peut-être… Mais tout cela est relativement nouveau me semble-t-il. Cela faisait longtemps que dans notre société occidentale on ne parlait plus assez du rapport à soi-même, de la méditation sur soi-même… Or cela ne s’improvise pas et nous verrons avec mon invité du jour - le psychiatre et psychothérapeute Christophe André – que se relier à soi-même est UN ART QUE NOUS AVONS A REDECOUVRIR.

Comment faire – donc - pour mieux se connaître, pour mieux s’accepter, pour mieux savourer la vie ? Comment faire pour prendre le temps de réfléchir un peu plus sereinement et un peu plus longuement à nos aspirations profondes pour mieux les cerner, ou à nos rapports avec les autres pour les améliorer ? Et pourquoi faut-il mieux vivre avec soi-même pour mieux vivre avec les autres ? Christophe André nous donne une piste de réponse dans l’un de ses livres : « le pressentiment et la conviction qui sous-tendent ces méditations, c’est que la souffrance est à l’origine de la plupart des conduites problématiques ; si un humain est heureux, s’il souffre moins, il fera moins souffrir les autres ». Cela me semble évident, cela vous semble évident sans doute aussi, alors comment se fait-il que nos sociétés qui se préoccupent du vivre ensemble n’aident pas davantage les individus à cultiver leur vie intérieure, leur capacité à être heureux ? C’est un des grands déficits de notre éducation, de notre culture : méditer sur soi-même ne fait pas partie de nos programmes scolaires et nous devrions nous en étonner et nous en inquiéter bien davantage ! Comment accepter en effet qu’on laisse en friche quelque chose d’aussi important, qui va conditionner aussi bien notre capacité à trouver le bonheur, la joie, le plaisir d’exister, que la qualité de notre rapport aux autres ?

L'interview d'Agathe Maire :

Fabrice MIDAL, fondateur de l'Ecole Occidentale de méditation, philosophe, auteur de "Pratique de la méditation. Un regard plus clair sur votre vie et sur le monde" , paru aux éditions du Livre de poche, en 2012.

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