« L’engagement comme valeur, sa reconnaissance comme moteur », c'est le devise de l'Insitut du service civique. Mais comment faire évoluer notre société pour qu’elle encourage, valorise et reconnaisse pleinement l'engagement des jeunes dans le service civique ?

Pour commencer, je veux m’assurer qu’on sait bien de quoi on parle. Le service civique, qu’est-ce que c’est ? Depuis 2010, c’est d’abord une Agence du service civique, placée sous l’autorité du Ministère des sports, de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative. Cette Agence est présidée par Martin Hirsch, qui fut aussi son « inventeur » ou son « concepteur » et que nous allons recevoir dans un instant. Une Agence du service civique donc, qui propose aux jeunes de 16 à 25 ans de s’engager pour une période de 6 mois à 1 an dans une mission d’intérêt général, c’est-à-dire au service du bien commun, de la cohésion ou de la solidarité sociale. Où et comment cette mission s’effectue-t-elle ? Elle se fait sur la base du volontariat, et elle se déroule dans l’un ou l’autre des 9 domaines d’interventions qui ont été reconnus prioritaires pour la Nation – je les cite - : culture et loisirs, développement international et action humanitaire, éducation pour tous, environnement, intervention d'urgence en cas de crise, mémoire et citoyenneté, santé, solidarité, sport. Quelques exemples très concrets de cet engagement citoyen : il s’agit pour le jeune volontaire soit d’accompagner des personnes âgées dans des sorties culturelles, soit d’intervenir dans les écoles sur les conduites à risques ou bien pour du tutorat, soit encore participer à des actions de lutte contre l’illetrisme, de favoriser l’accès aux pratiques sportives de personnes handicapées, d’aider à la reconstruction de sites endommagés par une catastrophe naturelle, ou bien encore partir à l’étranger pour une action humanitaire.

On comprend déjà pourquoi ce service civique et son Agence intéressent notre Cause commune… De toute évidence, plusieurs de ses enjeux sont également ceux de notre émission. Notamment un… Un enjeu en particulier sur lequel nous nous interrogeons ici chaque semaine, à travers une multitude de questions de société : comment rendre cette société, la nôtre, plus solidaire, et réduire concrètement les fractures – sociales, morales, culturelles, générationnelles – qui menacent aujourd’hui de la disloquer ?Comment solidariser tout le monde, comment nous solidariser tous au-delà de et avec nos différences ? Comment y arriver… surtout… dans une société comme la nôtre, où tout est fait pour chacun pense d’abord à lui-même ? Même si nos éducations nous enseignent encore à nous soucier les uns des autres, nous sommes en permanence excités à un individualisme forcené par le système économique, qui nous enferme dans une logique de compétition égoïste et de consommation égoïste. Ce système cherche tout le temps à nous persuader que l’homme est un loup pour l’homme, et il nous fait vivre en petites meutes de loups ennemies... Comme s’il fallait nécessairement que je choisisse entre moi et l’autre, entre mon propre bonheur et le sien, entre mon intérêt personnel et la solidarité. Comme si cette solidarité était seulement un luxe, que je ne peux me payer que pendant la grande messe cathodique du Téléthon, ou bien de loin en loin, en envoyant quelques dons à des associations…C’est dans ce contexte de société, de civilisation, que cette institution encore très récente du service civique me paraît particulièrement importante. Pourquoi ? Justement parce qu’elle repose sur un autre principe que celui de l’opposition entre mon intérêt personnel et l’intérêt général… Elle repose même sur le principe contraire, c’est-à-dire qu’à travers les missions qu’elle propose aux jeunes volontaires, elle leur fait faire l’expérience concrète que je peux trouver mon propre intérêt, mon propre épanouissement, dans l’engagement de solidarité lui-même. Autrement dit que je peux me rendre service en me mettant au service d’autrui… Je crois que c’est exactement le genre de révolution culturelle, de révolution mentale et de rénovation morale, dont nous avons besoin aujourd’hui dans notre société… La solidarité qui profite à l’autre est une solidarité dont je profite aussi. Etre solidaire n’est pas dangereux, on peut y consacrer sa vie et pas seulement quelques moments de générosité volés à la vie réelle… On ne risque rien, tout au contraire ! Le don de soi n’est pas un sacrifice de soi, puisqu’en donnant à l’autre… de mon temps, de mon énergie… je peux trouver le moyen de me donner aussi beaucoup à moi-même… Cette idée fondamentale d’un double bénéfice de la solidarité – pour moi-même et pour autrui – est d’ailleurs explicitée dans le 8ème article de la Charte des valeurs du Service Civique, rédigée en février 2011 par ses volontaires… Je lis : « Mon investissement dans des actions participe à mon épanouissement personnel et à mon enrichissement, ainsi que celui des personnes touchées, tant sur le plan personnel que professionnel ou citoyen »… Voilà, ça n’a peut-être l’air de rien, dit comme ça, mais en choisissant de vous présenter d’abord cet aspect du service civique j’ai voulu attirer votre attention sur ce qui est pour moi son bénéfice le plus décisif : le fait d’éduquer notre jeunesse selon une toute nouvelle conviction, qu’on peut penser à soi et à l’autre en même temps, agir pour soi et pour autrui en même temps… Mais notre bonne vieille société résiste, elle a la peau dure… Arrivera-t-on à éduquer au moins la majorité des nouvelles générations selon cette conviction ? Pour l’instant, le service civil ne concerne qu’une petite fraction de chaque classe d’âge – l’objectif est d’engager 10% d’une classe d’âge en 2014. Est-ce suffisant ? Et comment va-t-on convaincre la jeunesse de s’engager en masse, sachant que pour l’instant cet engagement n’est indemnisé qu’à hauteur de 650 eurtos maximum par mois ? Je vous l’ai dit, notre vieille société résiste… Elle ne veut pas que la solidarité rapporte, elle ne veut pas que les individus fassent le choix de la solidarité… Comment vaincre ses résistances ? Je suis à la fois pressé et heureux d’en discuter avec Martin Hirsch qui a dit dans l’un de ses entretiens sur la question vouloir « Réinventer une forme d’engagement pour les jeunes ! »… Et je vous cite aussi, en rapport direct avec la difficulté que je viens d’évoquer, la devise même de l’Agence du service civique : « L’engagement comme valeur, sa reconnaissance comme moteur »… Comment donc faire évoluer notre société pour qu’elle encourage, qu’elle valorise et qu’elle reconnaisse suffisamment l’engagement de la jeunesse pour l’intérêt général ?

L'interview d'Agathe Maire :

Coline Vanneroy, déléguée générale d'Animafac.

La chronique "Concordance des temps"d'Abdennour Bidar :

La nature humaine : une illusion occidentale , de Marshall Sahlins, paru en 2009 aux éditions Eclat.

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