Celle qui a tué, c’est la maîtresse de maison ; celui qui doit la confesser, c’est le commissaire Maigret...

Le comédien italien Gino Cervi interprète le commissaire Maigret dans un film de Mario Landi (1966)
Le comédien italien Gino Cervi interprète le commissaire Maigret dans un film de Mario Landi (1966) © AFP / Farabolafoto 886880 / Leemage

"A Meung sur Loire, dans sa maison de campagne, il lui arrivait de pêcher à la ligne et il avait sorti une fois de l’eau une anguille qu’il avait eu toutes les peines du monde à décrocher de l’hameçon. Sans cesse, elle lui glissait entre les doigts et elle avait fini par tomber dans l’herbe de la berge, d’où elle avait rejoint l’eau du fleuve. Il n’était pas ici pour son plaisir. Il ne pêchait pas à la ligne.

"- Vous niez donc avoir tué mademoiselle Vague ?"

Les mêmes mots, sans cesse, le même regard d’homme qui essaie désespérément de comprendre un autre être humain."

Dans Maigret hésite, le commissaire paraît encore plus lourd que d’habitude ; sa carcasse, comme son cerveau, pataugent dans cette histoire de crime annoncé par une lettre anonyme, qui ne dit pas qui va mourir, qui va tuer, mais chez qui ça va se passer…

"Le chemin à parcourir était long, car la pièce était aussi vaste qu’un salon de réception. Ici aussi, les murs étaient couverts de livres, avec quelques portraits, et le soleil découpait l’ensemble en losanges.

"- Si vous saviez combien je suis heureux de vous voir, monsieur Maigret."

Il tendait la main, une main blanche qui semblait sans ossature. Par contraste avec le décor, l’homme paraissait plus petit encore qu’il ne devait l’être réellement, d’une curieuse légèreté.

Pourtant, il n’était pas maigre. Ses contours étaient plutôt ronds, mais l’ensemble était sans poids, sans consistance. Il n’avait pas d’âge. Il conservait dans l’expression de son visage, de ses yeux bleus, une expression presque enfantine et il regardait le commissaire avec une sorte d’émerveillement."

Bien sûr, il y a Maigret, sa brigade, ses verres de bière, de vin, et de digestifs… Mais surtout, l’écriture, toujours juste, aussi précise qu’une caméra…

"Il fonça dans le couloir, dépassa la porte du bureau de Parendon, arriva devant celle, ouverte, de Mlle Vague. Il ne vt tout d’abord que deux hommes, le commissaire du quartier, un nommé Lambilliotte, qu’il avait souvent rencontré, et un de ses collaborateurs.

Il dut regarder par terre, presque sous la table Louis XIII qui servait de bureau.

Elle portait une robe printanière vert amande, pour la première fois de la saison sans doute, car la veille et l’avant-veille, il l’avait bue avec une jupe bleu marine et un chemisier blanc. Il avait fait la réflexion que cela devait être, pour elle, une sorte d’uniforme.

Après le coup, elle avait dû glisser de sa chaise et son corps était replié sur lui-même, étrangement tordu. La gorge était ouverte et elle avait perdu une quantité considérable de sang qui devait être encore tiède."

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