Celle qui tue, c’est…non, je ne vous le dirai pas… Celui qui meurt, c’est l’inspecteur Meunier.

Portrait d'un homme avec le visage couvert par un chapeau.
Portrait d'un homme avec le visage couvert par un chapeau. © Getty / Maciej Toporowicz, NYC

"Il allait être minuit. Bugsy était insensible au vent comme à la pluie. Il attendait. Subitement, il perçut au loin la sourde et lente pulsation d’un moteur de Harley. Bugsy vit la moto s’engager sur la piste de la station-service. Il était minuit moins deux. Au même moment, il vit une Alfa gtv rouge s’avancer. Un grand type qu’il ne reconnait pas tout de suite sortit de l’Alfa, un grand type qui eut l’air d’adresser familièrement la parole au motard. Il se dit peut-être entre eux, puis le motard porta la main à la poche droite. Bugsy vit l’arme avant même que le type ait ouvert le feu. Comme tétanisé, il pressa le déclencheur. Au même instant, il entendit les claquements en rafales de l’obturateur, et il entendit aussi les sèches détonations en cascade d’un gros automatique. Le type à l’Alfa était en train de se faire flinguer. On le voyait reculer sous les impacts."

La mort de Meunier est confiée à Schneider, chef du groupe Crime. Schneider, le flic hanté par la guerre d’Algérie, l’homme mélancolique, le monsieur 100% au tir, le personnage créé par Hugues Pagan revient après 20 ans d’absence, toujours dans cette grande ville de province jamais nommée, toujours dans les années 70, toujours dans une atmosphère glacée, toujours à promener sa silhouette mince entre notables et malfrats, vivants et morts...

"Depuis quelques instants, Schneider avait le visage sombre et ne semblait guère accorder d’attention à la cigarette qu’il avait entre les doigts. Il sentait la fatigue monter, une lassitude sans âge, sans contours, sans remède. Il n’aimait pas ce à quoi il pensait. Presque au même instant, chacun des flics dans la pièce pensa la même chose, et n’aima pas non plus."

- "Merde", fit Charles Catala. Schneider releva les yeux :

-"Dans toute la baraque, on n’a rien retrouvé qui ressemble à un autre endroit pour dormir. Pas un lit, pas un matelas. Pas un divan. Pas un carton par terre, ni couverture, ni sac de couchage. Vous en concluez quoi ?"

Personne ne conclut. Quand il rentrait chez lui, Bugsy dormait dans son lit à elle. Avec cette chose qui avait été sa mère. Morte depuis plusieurs années."

Oui, c’est glauque, mais c’est du Pagan, et c’est comme toujours stylé. Avec cette fois, un rayon de lumière, la femme que Schneider attendait sans le savoir, la femme que Schneider défendra toujours.

"Il avait entendu le type la traiter de putain, et quelque chose d’incoercible avait explosé dans sa tête, alors il avait frappé de son poing à quatre ou cinq reprises dans les basses côtes et accompagné la chute du corps."

- "Tu n’emmerdes plus la dame."

Elle avait posé ses doigts sur l’épaule de Schneider. Un animal de combat, rapide, impitoyable. Un loup gris en maraude, prêt à tout pour sa femelle. Elle se rappelait l’expression de haine sur son visage. Une haine froide, glacée, démente. Il avait du sang séché au coin de la bouche. Elle avait ressenti un étrange frisson, entre orgueil et jouissance."

EN SAVOIR PLUS | Profil perdu, d’Hugues Pagan, est paru chez Rivages

"Au loin, le vraquier n’en finissait pas de peiner en direction du couchant, sur la ligne d’horizon, très basse, rectiligne et sans vie, et qu’on eût dite tracée d’un trait au crayon gras."

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