Jean Jouzel, climatologue et glaciologue, est l'invité de "Chacun sa route". Il s'entretiendra au micro d'Elodie Font sur les fortes chaleurs qui frappent la France et le monde cet été. Il nous expliquera pourquoi cette augmentation est inéluctable et en quoi elle est un effet direct du réchauffement climatique.

Comment vivre les été caniculaires ? Avec le climatologue Jean Jouzel
Comment vivre les été caniculaires ? Avec le climatologue Jean Jouzel © Getty / James O'Neil

Portrait d'un climatologue engagé

Jean Jouzel est un éminent climatologue. C’est le grand spécialiste français du climat et de son dérèglement. Il est ex vice-Président du  Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (IPCC). Il est président de l’Association Météo et Climat qui fédère les communautés, vulgarise les sciences de l’atmosphère et sensibilise aux enjeux de l’évolution du climat. 

Il est l’auteur avec Pierre Larrouturou de Pour Eviter le Chaos climatique et financier paru chez Odile Jacob en 2017. 

En 1974, il devient docteur en sciences physiques puis participe au monde de la recherche en tant qu'adjoint directeur du laboratoire de glaciologie et de géophysique de l'environnement au CNRS. Sa figure émerge dans l'espace public avec son intérêt non démenti pour le réchauffement climatique : il devient alors expert au GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) en 1994 puis vice-président du groupe scientifique de 2002 à 2015.

Des étés toujours plus chauds et plus souvent ?

Jean Jouzel estime que d'ici à 2025, les températures atteindront des records en France et dans le monde avec des augmentations de 2 à 3 degrés. S'il semblerait que nous ayons du mal à nous accoutumer aux 40° degrés, cela n'est qu'un présage des 50° degrés qui pourraient apparaître sur le territoire. 

Le réchauffement climatique a ainsi des conséquences variées : disparition de la glace de mer, accentuation des phénomènes extrêmes, impacts sur l'humain, perte de la biodiversité, augmentation de la pollution, élévation du niveau de la mer, etc. 

Extraits de l'émission

Jean Jouzel : "Il faut, je crois, garder un chiffre à l'esprit qui est assez global : une augmentation de température de 20 °C se traduit en moyenne par une augmentation des records de température, plutôt de 2°C le jour, plutôt de 3°C la nuit.

Quasi mécaniquement, le réchauffement climatique moyen qui est lié aux activités humaines s'accompagne de plus en plus de canicules qui peuvent être plus importantes, avec des records plus élevés, mais aussi précoces ou tardives quelquefois.

Jean Jouzel à propos des pics de chaleur : 

Les températures pourraient atteindre 50 °C, voire 55 °C l'été dans la deuxième partie de ce siècle.

"En plus, c'est là un des problèmes auxquels nous faisons face : ceux qui restent dans les métropoles (Paris, mais pas seulement) : il y a cet effet d'îlot de chaleur urbain qui fait que les canicules se traduisent aussi à cause de cette minéralité de la ville qui stocke l'énergie le jour et puis libère la nuit. Il n'y a pas de refroidissement la nuit. C'est beaucoup plus difficile à vivre dans ces îlots de chaleur urbains […] Généralement, ça peut être de 2°C supplémentaires dans le centre des villes, sauf si elles sont été vraiment bien végétalisées."

Le climatologue rappelle les conclusions du dernier rapport du GIEC : "Il faut absolument commencer à diminuer nos émissions, et ceci maintenant. Pour 1,5°C, il faudrait pratiquement, à l'échelle planétaire, les diminuer de 5 à 6% par an jusqu'à 2030, atteindre la neutralité carbone en 2050. Pour 2°C, on pourra "se contenter" d'une neutralité carbone en 2070. Mais en tout état de cause, il faut bien comprendre que si on veut stabiliser le climat, c'est le bon sens : il ne faut pas augmenter l'effet de serre [...] Il ne faut plus émettre, ne plus utiliser de combustibles fossiles qui sont quand même pour 81% à l'origine de l'augmentation de l'effet de serre".

Les premiers modèles climatiques nous disaient tout ; tout était dit dans le premier rapport du GIEC [il y a trente ans], ou presque. 

Il poursuit : "Ça nous invite quand même à prendre au sérieux les projections que mes collègues français de l'Institut Pierre-Simon Laplace et aussi Météo-France et, bien sûr, beaucoup de modèles au niveau mondial, font pour 2020, 2030, 2040, 2050. Là, le climat est joué. Mais surtout, ces risques qu'on fait courir pour les jeunes d'aujourd'hui après 2050. Là, on est au pied du mur. Et l'invitation que je fais, c'est bien sûr de prendre au sérieux les projections qui sont faites par mes collègues". 

Actuellement, les engagements pris dans le cadre de l'accord de Paris nous amènent plutôt vers un réchauffement de entre 3 à 3,5°C jusqu'à la fin du siècle. C'est beaucoup trop pour le jeune d'aujourd'hui.

"C'est trop dans un pays comme la France, mais c'est surtout trop à l'échelle planétaire. Disons qu'avec 4 ou 5 °C, si on ne les évite pas, ce sont des régions qui deviennent "invivables" : on ne peut pas avoir des activités normales l'été. Alors bien sûr, on ne meurt pas en allant dehors, mais disons que c'est un monde qui n'est plus vivable à l'extérieur. Et ça, c'est terrible d'envisager ça.

Si nous ne faisons pas d'effort dans cette décennie, au cours des prochaines années, et bien nous préparons pour les jeunes d'aujourd'hui, (je ne parle même pas des générations futures) un monde auquel ils ne pourront pas s'adapter.

A écouter aussi pendant cette émission : la chronique d'Emmanuelle Vibert pour "We demain"

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  • Jean JouzelClimatologue, ancien vice-président du GIEC
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