Militant, participatif, inclusif, l'urbanisme tactique réinvente les espaces urbains et périurbains. Elodie Font s'entretient avec Maryvonne Prévot, historienne de formation et maîtresse de conférences habilitée à diriger des recherches à Lille, spécialiste des questions d'aménagements urbains et d'activisme.

Place de parking transformée en espace vert
Place de parking transformée en espace vert © Maxppp / Bodo Marks

C'est quoi l'urbanisme tactique ?

C'est en 2005 à San Francisco que l'urbanisme tactique voit à proprement parler le jour avec la ré-appropriation d'un parking par un collectif d'artistes, de designers, de paysagistes et d'activistes : le "Park(ing) Day" est né ! Et avec lui une multitude d'actions qui se répandent à travers le monde, de l'Amérique du Nord et du Sud, à l'Europe, en passant par l'Australie.

La pratique précède ainsi la théorie puisque seulement en 2010 Mike Lydon rédige le manifeste Tactical urbanism: Short Term action, Long Term Change que les réseaux sociaux contribuent à diffuser largement.

A son tour, Maryvonne Prévôt est interpellée par l'urbanisme tactique qu'elle définit comme :

un projet citoyen qui remet l’espace public au cœur de la vie urbaine, en insistant sur la dimension ludique, artistique et temporaire des actions menées. Créer des projets aisément compréhensibles et appropriables par des communautés à travers le monde, voilà l’ambition affichée. (Digital Polis. La ville face au numérique : enjeux urbains conjugués au futur, L’œil d’or, 2018, p. 209)

Economique et écologique, l'urbanisme tactique balaie l'austérité budgétaire au profit d'une re-végétalisation pacifique et militante qui permet de se ré-approprier les espaces.

Elle s'empare en outre des outils numériques comme moyens essentiels de communication et de diffusion des projets : l'urbanisme tactique est avant tout une dé-hiérarchisation et un désenclavement des territoires et des individus où la solidarité met à mal le capitalisme qui isole.

D'un mouvement alternatif à un mouvement mainstream, l'urbanisme tactique trouve des échos dans notre actualité : Nuit Debout, Paris-Plage, l'aménagement et l'agrandissement des terrasses de cafés et restaurants qui permettent de retisser du lien social.

En somme, on assiste au renouvellement de l'hétérotopie comme manière de repenser les espaces de vie collectifs.

S'approprier les espaces avec Maryvonne Prévot

Historienne de formation, Maryvonne Prévôt se dirige vers les questions relatives à l’aménagement et à l’urbanisme en sa qualité de maîtresse de conférences habilitée à diriger des recherches à l’université de Lille où elle enseigne à Poly-tech.

En complément de ses premiers travaux qui avaient pour thématique le « Catholicisme social et l’urbanisme. Maurice Ducreux (1924-1985) et la fabrique de la cité » (publication : Presses universitaires de Rennes, 2015), elle s’intéresse plus particulièrement aux trajectoires militantes dans le champ de l’urbanisme en lien avec l’ère numérique. C’est pourquoi elle est membre du laboratoire Terres, villes, environnement et société, chercheuse associée au Laboratoire Conception, territoire, histoire de l’Ecole nationale supérieure d’architecture et de paysage de Lille.

Retrouvez la chronique de

  • Valère Corréard, directeur du média spécialisé sur la transition écologique ID (L’Info Durable) : Comment déménager "écolo" ?

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