Retour en arrière, direction: régime soviétique. L'écrivaine Elitza Gueorguieva nous amène dans la Bulgarie des années 1980 entre chute du communisme et transition démocratique.

L'écrivaine bulgare Elitza Gueorguieva, septembre 2016
L'écrivaine bulgare Elitza Gueorguieva, septembre 2016 © AFP / JOEL SAGET

Comment vit-on la chute du Mur de Berlin lorsqu'on est une petite fille de 7 ans? Elitza Gueorguieva plonge dans ses souvenirs d'enfance et dans la falaise qui marque la fin du régime communiste et le début de la transition démocratique en Bulgarie

Née en 1982 et passionnée d'énumérations, elle nous raconte son enfance bulgare, qui pourrait se résumer en quelques détails: 

  1. Un énorme monument communiste 
  2. Un petit sapin (traduction du prénom Elitza en bulgare)
  3. Le pull de sa mère

...mais c'est une ambiance surréaliste et bien plus complexe qu'elle décrit dans ses œuvres, faite de cérémonies communistes, de foulards de pionnière et de conversations aux toilettes pendant que l'eau coule. 

Le livre d'Elitza Gueorguieva Les cosmonautes ne font que passer, publié en 2016 aux collections Verticales, décrit cette atmosphère vue par les yeux d'une petite fille qui arrive malgré tout à trouver sa place dans la Bulgarie communiste.

Jusqu'au moment où un mur tombe et tout le reste change: les commerces en bas de la maison, les aspirations politiques mais surtout les noms autour d'elle. Ainsi la Coca Cola remplace la bulgare Coop-Cola et marque l'arrivée des produits étrangers symboles du capitalisme occidental, tout comme les rues et les bâtiments changent de nom. 

L'école d'Elitza Gueorguieva ne s’appelle plus Iouri Gagarine, comme l'héro qui avait alimenté ses rêves cosmonautes, et ses parents peuvent fêter en grande pompe la chute du régime. Son documentaire Chaque mur est une porte (2017) raconte ce moment historique et l'ouverture des frontières, qui n'attirr pourtant pas la jeune Elitza. 

Je ne voulais absolument pas partir, mais au final la vie a fait que ça se passe autrement.

Après un voyage étude pour apprendre le français à Grenoble en 1999, elle s'installe en France l'année suivante alors qu'elle a 18 ans. Depuis, elle vit dans sa terre d'accueil mais elle garde toujours un pied en Bulgarie. 

La lecture de Elitza Gueorguieva

Un extrait du livre d'Aliona Gloukhova, Dans l'eau je suis chez moi

"C’était son premier grand périple. Comme dans les articles sur les voyageurs qu’il avait découpés dans les journaux et collé à l’intérieur de son cahier. Avant la chute de l’URSS, obtenir un passeport et se rendre dans les pays du bloc de l’Est étaient compliqué. Se retrouver de l’autre côté du rideau de fer était inimaginable.

Mon père n'est allé que quatre fois l’étranger, toujours pour des voyages d’affaires dans des pays socialistes. Les autorités lui reprochaient son divorce et de ne pas être membre du Parti.

Aujourd’hui, j’imagine le moment où tout bascule pour mon père. Ce matin, le 11 septembre 1995, quand il prend le bus jusqu’à Istanbul. Il passe par l’Ukraine, les sièges sont inconfortables, il dort tordu et incliné, il passe par la Moldavie et la Roumanie, il est fatigué, le bus entre sous la pluie, arrive dans une ville bulgare inconnue, il est toujours perdu, et quand il arrive finalement à Istanbul quelque chose se produit. Il se retrouve debout, il sent ses pieds picoter, il essaie de les remuer, il prend son sac à dos. Un air poussiéreux et épicé l’enveloppe. Des gens qui parlent une langue qu’il ne comprend pas l’entourent. Il y en a qui essayent de l’attraper par les coudes et de le faire entrer dans leurs magasins. Il y a un enfant, accroupi, visage caché, avec une balance, il y a un verre de jus d’orange renversé sur une dame qui passe juste devant lui. Il y a un tramway et on entend la prière, et c’est ici qu’il retrouve son calme."

Appel à témoignages : cartes postales sonores 

Chacun sa route est à la recherche de témoignages de gens qui ont vécu un voyage particulier, une fugue, un faux départ, une évasion. Envoyez-nous vos récits ou vos idées à l'adresse: elodie.font@radiofrance.com

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