Elle est sans conteste la spécialiste de Neandertal en France : la préhistorienne Marylène Patou-Mathis s'exprime au micro d'Elodie Font pour l'émission "Chacun sa route" afin d'évoquer les caractéristiques de notre ancêtre. Elle évoquera par ailleurs les enjeux de sa discipline au regard de notre époque.

La spécialiste de Neandertal en France et préhistorienne, Marylène Patou-Mathis au le 26 mars 2018 au Musée de l'Homme à Paris.
La spécialiste de Neandertal en France et préhistorienne, Marylène Patou-Mathis au le 26 mars 2018 au Musée de l'Homme à Paris. © AFP / STEPHANE DE SAKUTIN

La petite sœur de Neandertal 

D'origine tchécoslovaque, Marylène Patou-Mathis a été élevée par sa grand-mère qui travaillait dans le domaine agricole. Elle revendique d'ailleurs ce rapport tellurique dans ses recherches. 

Et c'est au cours de son enfance qu'elle trouve une ammonite à Paris : une découverte qui la bouleversera ! La mer a donc occupé Paris ! 

Dès lors, elle sera fascinée par la Préhistoire et la géologie : elle le dit, c'est un peu par hasard qu'elle effectue une thèse sur la grotte de Lazaret dans les Alpes-Maritimes, alors occupée par les Neandertalien.ne.s.

Dans un article, la scientifique revendique : 

C’est vrai, je ne me sens pas différente de ces femmes anciennes. Je me sens venir de loin. Nous sommes issus de cette longue lignée. Je ne me sens pas appartenir à une époque particulière et je ne vois pas pourquoi on refuserait par principe de donner la possibilité de telle parole ou tel acte à un homme préhistorique. Sans doute parce que fondamentalement, je ne partage pas la croyance dans le progrès et la modernité triomphante. (Libération, 11.08.2017)

Sa passion la transporte donc sur les routes anciennes de cet ancêtre et elle étudie donc son comportement, avant de marcher sur les traces des Sans, un ensemble de peuple autochtone d'Afrique australe à l'issue de ses recherches. 

Elle est alors directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et rattachée au département "Préhistoire" du Museum national d'histoire naturelle.

Sur les traces de la femme et de l'homme de Neandertal

La femme ou l'homme de Neandertal ne sont pas si éloigné.e.s de nous et permettent d'interroger certaines problématiques de notre société : l'altérité, la nature et l'environnement ou encore le nomadisme et la sédentarisation.

C'est de cette manière que Marylène Patou-Mathis innerve ses recherches : en infusant cet ancêtre dans notre propre contemporanéité. La femme ou l'homme de Neandertal, avec ses spécificités, est ainsi désenclavé.e de sa période préhistorique pour mieux relever nos interactions sociales, économiques et culturelles.

La découverte en 1856 d'ossements de Neandertal participe d'ailleurs aux questionnements qui irriguaient la société du milieu du XIXe siècle. 

D'abord perçu comme un homme égaré voire un peu déficient en raison de sa corpulence et de sa boîte crânien (nous sommes alors en pleine période phrénologique et créationniste que viendront bousculer les théories évolutionnistes de Darwin), Neandertal est reconsidéré au fil des décennies et réhabilité.

Loin des préjugés, Neandertal enterrait ses morts, pratiquait plusieurs rites funéraires, offrait des sépultures...

En bref, Neandertal est plus proche de nous et semble avoir souffert du "délit de seule gueule" comme le souligne Marylène Patou-Mathis.

  • Retrouvez la chronique de Camille Dufétel de "L'info durable" au cours de l'émission.
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