L'écrivain et réalisateur marocain nous amène à la découverte de son monde ambivalent: entre Salé et Paris, origine marocaine et culture française, homosexualité et prohibition.

Abdellah Taïa
Abdellah Taïa © Abderrahim Annag

L'histoire d'Abdellah Taïa commence sur les deux rives d'un fleuve marocain, le Bouregreg. D'un côté la ville populaire de Salé et le quartier d'Hay Salama, où il a vécu toute sa jeunesse, et de l'autre la capitale Rabat, ville natale et symbole d'un monde riche et francophone. Il est l'avant dernier d'une famille modeste de neuf enfants, qui est souvent protagoniste de ses œuvres. 

A l'époque ma mère me chassait de la maison : je passais mon temps libre à errer, à voler les fruits dans les villas des riches et à chasser les oiseaux. 

Pendant son enfance, il partage une petite chambre avec sa mère et ses sœurs, alors que son frère - le "roi silencieux" de la maison - a droit à une pièce juste pour lui, à l'instar de son père. Il questionne cette prédilection discriminatoire et le rapport compliqué qu'il entretient avec sa mère et ses sœurs dans le livre Celui qui est digne d'être aimé, sorti en 2017 chez Seuil. 

J'ai passé une une bonne partie de ma vie à fuir cette promiscuité mais aujourd'hui j'ai une nostalgie invraisemblable pour cette chambre. 

Mais il y a une autre raison qui éloigne Abdellah Taïa de sa famille et de la société qui l'entoure : son homosexualité. Adolescent, il subit plusieurs abus par des hommes de son quartier et décide de réprimer sa personnalité et son orientation sexuelle. Il raconte la vie d'un jeune marocain homosexuel dans les années 1980/1990 dans plusieurs de ses œuvres, comme son dernier roman La vie lente (Seuil) et le film qu'il a réalisé en 2014, L'Armée du Salut

J'ai compris qu'il fallait que je change d'attitude, il fallait presque inventer "un autre Abdellah" et j'ai excellé dans ce rôle. 

Ce n'est qu'à 25 ans qu'il trouvera une façon de se libérer: partir. En 1998 il gagne une bourse pour aller étudier à Genève et l'année suivante il débarque à Paris pour un doctorat en littérature française à la Sorbonne. La même année, il publie ses premiers textes. 

En 2010, il reçoit le Prix de Flore pour son roman Le Jour du Roi (Seuil). 

La lecture d'Abdellah Taïa

Les paroles de la chanson brésilienne de Cartola: Preciso me encontrar ("besoin de me retrouver) 

Laisse-moi aller

J'ai besoin de marcher

J'y vais pour chercher

Rire de ne pas pleurer

Laisse-moi aller

Laisse-moi aller

J'ai besoin de marcher

J'y vais

J'y vais pour chercher

Rire

Rire de ne pas pleurer

Je veux regarder le lever du soleil

Je veux voir les eaux des rivières

Voir les eaux des fleuves couler

Je veux naître

Je veux vivre

Naître

Vivre

Si quelqu'un me demande

Dis-lui que je vais revenir

Après

Après que je me retrouve

Je veux regarder le lever du soleil

Je veux voir les eaux des rivières

Et je veux entendre les oiseaux chanter

Je veux naître

Je veux vivre

Naître

Vivre

Laisse-moi aller

J'ai besoin de marcher

J'y vais pour chercher

Rire de ne pas pleurer

Le message d'Abdellah Taïa

Souriez, on à tous besoin de sourire en ce moment! 

La vie sur les routes: le témoignage de Jean-Michel 

Été 1984: le petit Jean-Michel part en vacances en Guadeloupe avec ses parents. Issu d'un mariage mixte, c'est la première fois qu'il va à la rencontre de son grand-père. 

La découverte du côté maternel de sa famille fait écho à la découverte d'une terre, celle de Guadeloupe, qui devient une deuxième maison. Émerveillé, Jean-Michel explore ce lien caché qui le à ses origines...

6 min

Sur les routes avec Jean-Michel en Guadeloupe

Par Elodie Font

Appel à témoignages : cartes postales sonores 

Chacun sa route est à la recherche de témoignages de gens qui ont vécu un voyage particulier, une fugue, un faux départ, une évasion. Envoyez-nous vos récits ou vos idées à l'adresse: elodie.font@radiofrance.com

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