Le transanimalisme est moins connu que son versant, le transhumanisme, qui a pour but d'augmenter les facultés physiques et cognitives de l'homme en vue de son bonheur. Chez l'animal, comme nous l'explique Anne-Laure Thessard, il s'agit plutôt de développer des capacités qui visent à servir les intérêts humains.

La transanimalisme en question avec Anne-Laure Thessard
La transanimalisme en question avec Anne-Laure Thessard © Getty / Charlie Rogers

Welcome to transanimalia

De nombreuses productions culturelles ont accompagné depuis les années 1980 le terme de transhumanisme afin de populariser ses enjeux et de présenter au public des personnages augmentés, cyborgs ou encore hybrides. 

De la littérature avec par exemple Dune de Frank Herbert au manga avec Ghost in the Shell, en passant par la série avec Black Mirror, les comics avec "Transmetropolitan" jusqu'au cinéma (RoboCop, 1987 ; Welcome to Gattaca, 1997 ; Matrix, 1999 ; Transcendance, 2014), le transhumanisme, qui est l'augmentation des capacités cognitives et physiques de l'homme pour l'amener sur les chemins du bonheur technologique et de l'intelligence artificielle, se décline en transanimalisme à travers les études et propos d'Anne-Laure Thessard, spécialiste de philosophie éthique.

En effet, le transanimalisme pourrait se définir selon les mêmes termes, si ce n'est avec la nuance suivante soulignée par la jeune chercheuse : le transanimalisme projette moins le monde animal dans une quête du bonheur que dans un asservissement encore plus intense à l'humain

Ainsi, Anne-Laure Thessard note : 

En reprenant la logique transhumaniste, il conviendrait donc de dire que le transanimalisme est  un courant qui tend à se servir des technosciences pour modifier profondément  les animaux. De la même façon que le transhumanisme envisage une évolution  posthumaine, le transanimalisme permettrait grâce aux technosciences de briser  le « plafond de verre » de parvenir à une postanimalité. ("Transanimalisme, animaux augmentés, animaux cyborgs : vers un statut de "sous-machine" ?", Revue 93, avril 2017)

Mais comme elle le rédige plus loin dans le passionnant article cité ci-dessus : "l’augmentation n’est pas nécessairement une amélioration (physiologique ou morale)" car les animaux sont encore une fois considérés d'un point de vue anthropocentré. 

Interviennent alors les réflexions éthiques sur l'animal auquel on impose des capacités cognitives et que l'on instrumentalise pour nos propos besoins, tels les poulets augmentés d'élevage dont la morphologie est modifiée afin d'obtenir plus de chair et qui arrivent à maturation en trois semaines, les vaches blanc-bleu-beige qui fournissent certes plus de viande grâce à leur musculature "améliorée" mais qui doivent mettre bas via césarienne au risque de mourir par voie naturelle. Notons encore les expérimentations en Chine sur des cochons afin que ceux-ci deviennent des réceptacles pour les dons d'organe. 

Autant le transhumanisme est un fantasme, une utopie, autant le transanimalisme, lui, existe déjà. Les augmentations physiques et cognitives sur les animaux sont largement pratiquées.

Le transanimalisme concentre de ce fait plusieurs enjeux juridiques et éthiques sur la conscience et la considération des animaux, parfois réduits à des "machines" exploitées ou dont les capacités augmentées effraient l'homme. S'ajoutent enfin des enjeux politiques et environnementaux relatifs à nos propos comportements.

La recherche augmentée avec Anne-Laure Thessard

Après un master dédié aux questions sur le transhumanisme, Anne-Laure Thessard a tout naturellement mené une recherche sur le transanimalisme en la qualité de doctorante en philosophie et sémiotique à l'Université Paris IV. 

La triade animalité / humanité / machinité (terme qu'elle a créé) occupe ses recherches et met en valeur nos interactions avec les animaux comme les machines. 

En parallèle de ses activités scientifiques, elle donne des cours de philosophie en éthique animale à l'Université de Nanterre, au Nouveau Collège d'Études Politiques et a enseigné également à la Maison d'arrêt de Fresnes. 

Et vous, quelles questions avez-vous à poser sur le transanimalisme et ses enjeux juridiques, écologiques et politiques ?

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