Et vous, ça vous arrive d’avoir des moments de détresse empathique, de souffrir de voir les autres souffrir ?

« Christophe, que vous inspire le sujet de ce mardi ? »

Notre sujet me fait penser à un vieux rosier fatigué.

Dans notre jardin, nous avons depuis toujours un rosier, très grand et sans doute très vieux : lorsque nous sommes arrivés dans cette maison, les anciens habitants nous ont dit qu’il était déjà là bien avant eux… Chaque année, il est très généreux en fleur, mais ce printemps particulièrement, il nous a donné beaucoup de roses, ses branches ployaient sous leur poids.

Une nuit, il y a quelques semaines, il y a eu un énorme orage, avec un vent violent et une pluie diluvienne, et les branches maîtresses du rosier se sont affaissées, jusqu’au sol. Le matin, ma plus jeune fille le découvre, depuis la cuisine, complètement courbé, et m’appelle, très inquiète : « papa, papa, le vieux rosier va mourir ! »

Je vais inspecter ce pauvre vieux blessé : ouf ! ses branches ne sont pas rompues, mais simplement pliées. J’annonce ça à ma fille, comme une bonne nouvelle : « c’est bon, il n’a pas cassé ! je le remonterai et le fixerai au mur ce week-end ! »

Mais elle n’est pas du tout contente : « Mais Papa, tu ne vas pas le laisser dans cet état jusqu’à dimanche ? » Pfff… Je n’ai pas envie de faire ça maintenant, je n’ai pas le temps, et je sais bien ce qui va m’arriver : je vais me déchiqueter les mains pour le remonter, il est énorme, il va falloir être plusieurs, mettre de gros gants, une veste épaisse, et tout ça.

« Mais tu ne l’aimes pas, notre rosier ? » se scandalise-t-elle, comme si elle me voyait abandonner un blessé sur le bord d’une route. Ben si, je l’aime beaucoup ce rosier, mais les branches ne sont pas brisées, alors il peut attendre !

Mais pour elle, il est comme mourant…

2ème couplet :

♪ ♫ « On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Me l'a dit ce matin
Vois le Dieu qui m'a faite
Me fait courber la tête
Et je sens que je tombe
Et je sens que je tombe
Mon cœur est presque nu
J'ai le pied dans la tombe
Déjà je ne suis plus
Tu m'admirais hier
Et je serai poussière
Pour toujours demain… » ♪ ♫

Le souci avec ma fille, c’est que son empathie ne se limite pas aux vieux rosiers. Evidemment ça concerne aussi les animaux et les humains (les sdf à qui personne ne donne d’argent, les petits vieux courbés qui ont du mal à marcher, les personnes handicapées…). Son expression récurrente, c’est : « ça me fait trop de peine ». Et c’est vrai, elle est hypersensible aux souffrances de tout ce qui est vivant, humain, animal ou végétal.

Heureusement pour elle, elle n’est pas que dans la souffrance de l’empathie. L’empathie, c’est souffrir de la souffrance de l’autre, et c’est pour cela que certaines détresses empathiques poussent parfois à détourner les yeux. La solution, c’est la compassion, qui est de l’empathie associée à une émotion d’affection, et à une action pour soulager la souffrance. C’est la seule équation vivable à long terme : Compassion = empathie + affection + action.

C’est pour ça que ma fille me mettait la pression ! Elle ne voulait pas qu’on en reste à l’empathie pour le rosier, mais qu’on passe à l’action, qu’on lui témoigne de l’affection. Mais j’ai tenu bon (j’ai fait preuve d’empathie pour moi-même) et nous nous sommes quand même mis à trois pour le remettre d’aplomb le dimanche suivant. Depuis, il va bien, merci…

Et vous, Ali, ça vous arrive d’avoir des moments de détresse empathique, de souffrir de voir les autres souffrir ?

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