Ce que je vois du sujet d'aujourd’hui me donne l’envie de revenir sur ce qui s’est passé mardi dernier.

Les émotions négatives nécessaires
Les émotions négatives nécessaires © Getty / jeffbergen

Ali, ce que je vois du sujet d’aujourd’hui me donne l’envie de revenir sur ce qui s’est passé mardi dernier : je me réveille avec la radio et quelques phrases suffisent à me mettre dans un état émotionnel épouvantable. C’est l’histoire du petit Yanis, 5 ans, que son beau-père a voulu punir pour un pipi au lit, et qu’il a emmené courir dans la nuit glaciale en culotte et en chaussettes durant des kilomètres, jusqu’à ce que le garçonnet meure. D’abord une grande tristesse en pensant à ce petit bonhomme, puis une fureur en pensant à ce beau-père infanticide : pendez le haut et court !

Et puis, assez bizarrement, au cours de la journée, peu à peu, j’ai senti monter un sentiment d’immense affection pour mes enfants, la certitude qu’il me fallait être plus patient avec eux, l’envie de les protéger, d’être plus attentif… Et puis ce sentiment de bienveillance est devenu plus diffus, s’est étendu aux enfants des autres… Je me suis demandé ce que l’on pourrait faire pour aider les parents en difficulté à ne pas devenir maltraitants... unecampagne d’information ? Un livre ?

En fait, j’ai métabolisé mes émotions négatives, je les ai sublimées, pour les transformer en quelque chose de positif, quelque chose qui m’amène à essayer de faire plus de bien autour de moi.

Au risque d’être iconoclaste, je vais donc faire un éloge des émotions négatives. On nous parle sans arrêt d’émotions positives, du bonheur, du « Think positive ». Franchement, ça finit par m’agacer. Car oui, on survalorise les émotions positives, et on finit par faire croire que les émotions négatives, la tristesse, la colère, la honte sont purement destructrices. On oublie qu’elles sont aussi essentielles à notre survie : sans tristesse, pas d’attachement à l’autre (si mes proches meurent, peu m’importe), sans colère, je suis incapable de me défendre et de défendre ceux que j’aime, de me battre pour mes enfants

Extrait musical de Mon fils, ma bataille de Daniel Balavoine :

C'est mon fils ma bataille

Fallait pas qu'elle s'en aille

Je vais tout casser

Si vous touchez

Au fruit de mes entrailles

Fallait pas qu'elle s'en aille

De plus, sans pouvoir expérimenter la honte et la culpabilité, nous serions tous des psychopathes sans inhibition et il n’y aurait point de société ni d’émission de radio de qualité : imaginez le drame sur votre audimat Ali si, sans inhibition aucune, je me mettais à chanter à tue-tête des chansons paillardes simplement parce que j’en ai envie… (en plus je chante faux)

Sans les émotions négatives, nous serions donc des imbéciles heureux, des candides béats et passifs, qui ânonnerions : « tout est pour les mieux dans le meilleur des mondes », et qui serions incapables de nous indigner face aux injustices et aux malheurs, face à la mort du petit Yanis ou à la détresse de nos semblables.

En résumé, les émotions négatives, comme les émotions positives, peuvent nous libérer, à condition de savoir les dompter, de contrôler l’impulsivité et la colère destructrice. Entre émotions positives et émotions négatives, tout est donc question de balance et d’équilibre.

Enfin, n’oublions pas ce mot d’Oscar Wilde :

L'émotion nous égare : c'est son principal mérite

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