Cette semaine j’ai vu la surprise et la déception dans les yeux de mes filles…

Cette semaine, mes filles m’ont demandé ce que je voulais pour Noël. En général, je leur demande du bon thé, du bon vin, un bon livre. Mais là, j’ai écouté mon cœur, et mon cœur m’a dit : tu n’as besoin de rien, tu as déjà tout ce qu’il te faut, n’embête pas tes filles avec des demandes de cadeaux. Alors je l’ai dit à mes filles, comme ça : « Merci les filles, c’est gentil, mais je n’ai besoin de rien. »

A la tête qu’elles ont fait, j’ai compris que je venais de faire une gaffe, de les priver de la joie des achats et des préparatifs de la fête. J’ai compris qu’à 18 ou 20 ans, ça les amusait, de faire des cadeaux à Noël ; tandis que moi, à 60 ans, ça me barbait. Je me suis souvenu de la chanson sacrilège de Pierre Perret que je chantais, ado, quand Noël m’agaçait…

Pierre Perret : Noël avant terme

« Noël Noël tu vas venir bientôt

Oh! bon Papa Noël n´oublie pas mes cadeaux

Et pour ce jour si merveilleux

Petit Papa Noël exauce tous mes vœux

Que ma petite maman s ́arrête de tousser

Peut-être que notre voisin aura fini de gueuler

Fais que mon p ́tit papa sorte enfin de prison


Qu ́y me ramène voir les femmes comme au bon temps dans leur maison_

Noël Noël tu vas venir bientôt

Oh! bon Papa Noël n´oublie pas mes cadeaux

Et pour ce jour si merveilleux

Petit Papa Noël exauce tous mes vœux. »

Non, à la tête de mes filles j’ai compris que j’avais gaffé. Ne jamais laisser les humains face au vide, au néant : ça les angoisse ! Il nous faut toujours quelque chose plutôt que rien. C’est comme ça en médecine : quand on ne trouve pas d’où viennent les petits symptômes pas trop graves d’un patient, on ne doit pas lui dire « vous n’avez rien » mais trouver une explication (il y en a toujours une) à ce qu’il ressent. Et à Noël c’est pareil, on ne doit pas dire à nos proches pleins de bonne volonté : « je ne veux rien », mais : « le plus beau cadeau, ce sera que vous soyez là, qu’on soit tous ensemble », puis faire un vœu de tout petit cadeau de rien du tout.

En plus, c’est vrai qu’après, je suis toujours touché rétrospectivement par leurs cadeaux : parce qu’en les revoyant, je revois l’intention d’amour. La preuve, je garde précieusement tous leurs cadeaux depuis qu’elles sont petites. Ça m’arracherait le cœur de les jeter. Mon cœur s’ouvre et se réchauffe quand je passe devant tous ces objets chargés d’affection, ils me font du bien. Longtemps après Noël, ils continueront de vivre comme des petits bouts d’amour, qui rallumeront régulièrement le souvenir de tous mes bonheurs paternels.

Au fait, et vous Ali, qu’est-ce que vous aviez prévu de m’offrir cette année pour Noël ? Que je sache si ça va me plaire…

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